L’agression préméditée de quatre policiers près de la cité de la Grande-Borne dans l’Essonne, relance le débat sur les zones de non-droit. 

Propos recueillis par Jérôme Sage, Le Parisien. 10 octobre 2016, 7h00 | MAJ : 10 octobre 2016, 10h15

LE FAIT DU JOUR. L’agression préméditée de quatre policiers, en mission de surveillance près de la cité de la Grande-Borne dans l’Essonne, relance le débat sur les zones de non-droit. Entretien avec Sebastian Roché, spécialiste des questions d’insécurité.

Le pronostic vital d’un des policiers agressés à Viry-Châtillon (Essonne), samedi après-midi, est engagé. L’homme a été victime, avec trois de ses collègues, d’une attaque en règle, véritable tentative d’assassinat organisée par une quinzaine de jeunes encagoulés venant de la cité de la Grande-Borne voisine, à cheval sur Viry-Châtillon et Grigny. La raison ? Ils surveillaient une caméra placée pour éviter les vols à la portière, véritable institution à cet endroit. Entretien avec Sebastian Roché est directeur de recherche au CNRS.

Comment analyser cette attaque ?
Sebastian Roché. Ce qui frappe en premier lieu, c’est la taille du groupe d’assaillants. Une quinzaine de personnes, ça demande de l’organisation et des formes de hiérarchie. Ce n’est pas un groupe qui se forme spontanément sous l’émotion, un dérapage, mais une violence ciblée, avec la préparation de cocktails incendiaires. Il faut des intérêts en jeu : ce groupe sait que s’attaquer à des policiers mène à une politisation, donc au déploiement de moyens, et que les policiers vont mettre le paquet. Ils savent que les coûts vont être élevés, et ce rapport coût-avantage ne les dissuade pas. Ils ne font pas ça pour renverser les institutions mais pour supprimer un obstacle à une activité économique.

Les policiers étaient postés pour surveiller une caméra… Est-ce la limite de ces dispositifs ?

Si les conséquences n’étaient pas tragiques, ce serait risible : envoyer des moyens humains protéger un dispositif technique de surveillance, censé économiser de la présence humaine, c’est paradoxal. Je ne suis pas un défenseur de la vidéosurveillance, mais dans ce cas précis, l’énergie déployée pour le détruire montre que cet équipement gêne le business. Ce type d’escalade entre la police et des groupes organisés sur un territoire n’est pas une exception. Mais là, ces groupes envoient un message très inquiétant : le risque pour la police n’est pas de se faire caillasser mais de se faire brûler.

La mairie envisage de poser des barrières, une vidéosurveillance renforcée… Est-ce la réponse adéquate ?

Il y a des problèmes socio-économiques de fond dans ces espaces pauvres, très enkystés et criminogènes en France. On les appelle zones de non-droit mais la réalité, c’est que la police ne peut pas résoudre la situation socio-économique. Depuis deux mandats présidentiels, les banlieues ont été laissées au second plan. Ces problèmes, il faut les aborder, sinon des jeunes assez fous, à la recherche du frisson pour aller attaquer des policiers, vous en trouverez toujours. Or les villes dont on parle n’ont pas les ressources pour affronter seules ce problème. Il faut une solidarité nationale.

Oui, mais comment ?

La France, contrairement à l’Allemagne ou la Grande-Bretagne, n’a pas dans sa doctrine d’objectifs concernant les relations entre la police et la population. Pour arrêter ces types de criminels, il faut de l’information. Pour de bonnes informations, il faut qu’une partie suffisante de la population fasse confiance à la police. C’est un chantier, toujours pas abordé dans notre pays alors que nos voisins ont intégré le service à la population comme l’un des critères d’efficacité de la police. C’est une politique de long terme, au-delà des alternances politiques.

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