Légalisation du cannabis: pourquoi Valls a tort.

Des études rigoureuses existent qui ont estimé certains effets de la décriminalisation de la possession du cannabis. Ainsi, les universitaires Adda, Mcconnel et Razul ont étudié les effets sur la délinquance de la décriminalisation à Londres dans le district de Lambeth entre 2001 et 2002 et en Grande-Bretagne de 2004 à 2009 à l’échelle nationale. Il apparaît à Lambeth que les infractions liées à la drogue progressent et persistent même après la fin de l’expérimentation. Dans le même temps, la police peut diriger ses efforts vers d’autres infractions et limite le nombre des autres délits de manière durable. Le fait de légaliser la possession à Lambeth a également engendré un déplacement de la délinquance liée à la drogue vers ce quartier mais la fait baisser dans les quartiers environnants. La réalité est plus complexe que les discours politiques des hard liners français. Au niveau national, la seconde partie de l’étude montre qu’il n’y a pas d’effet de la décriminalisation sur l’augmentation de la délinquance liée aux drogues. C’est le contraire de ce que dit Manuel Valls.
Les études américaines faites depuis 25 ans ne trouvent pas non plus d’effet aggravant de cette approche (voir http://norml.org/index.cfm?Group_ID=3383 ). Depuis 1973, 13 Etats américains ont décriminalisé ce produit à un moment ou un autre. L’institut de médecine de l’Académie des sciences a conclu que qu’il n’y a aucun effet de transfert de la consommation vers d’autres drogues plus dures ou vers l’alcool. Des études expérimentales comme celle menée à Ann Harbor en 1976 n’ont enregistré aucune aggravation dans la prévalence du cannabis ou d’autres produits.
C’est la même chose qui est conclue de l’expérience des Pays-Bas: la prévalence du cannabis et des autres drogues n’est pas affectée par la décriminalisation concluent Macoun et Reuter par exemple à la fin de leur travail scientifique. La même chose est encore observée en Australie à la fin des années quatre-vingt dix.
La France fait figure de pays pré-scientifique dans son rapport à la connaissance et l’usage qui en est fait par les administrations.
Et si les décideurs français s’inquiétaient vraiment de connaître les effets de leurs préconisations ? Et si à la place d’asséner leurs convictions ils développaient une approche fondée sur la connaissance scientifique ? Après la campagne électorale peut-être ?

(Ce post de blog a déjà été publié sous le titre « Légalisation ou décriminalisation du cannabis: quels effets en attendre ? », mais comme les problèmes restent je le recycle).

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