Macron et la police : le rendez-vous historique. En Marche vers un renouvellement profond de la philosophie qui sous tend les politiques policières !

Le big bang politique que M. Macron a provoqué en gagnant l’élection présidentielle, une conséquence de son inscription entre ou en dehors des partis politiques existants, va-t-il se traduire par un second big bang au plan des politiques publiques, c’est-à-dire dans ce que les administrations d’Etat sont en mesure d’offrir aux citoyens, à leurs usagers ? Et plus particulièrement, quels changements M. Macron va-t-il pouvoir enclencher dans le domaine de la police, des politiques policières, i.e. de la manière dont les polices travaillent et prennent en compte les attentes des usagers ?

Le programme de M. Macron en matière de police n’était pas particulièrement riche. Mais on y distingue clairement deux aspects : d’un côté la lutte contre le terrorisme, de l’autre la « sécurité quotidienne ». Concernant la première, le président a souhaité immédiatement donner des gages publics de son engagement avec le projet de loi sur le terrorisme consistant à faire entrer nombre de dispositions de l’état d’urgence dans la loi ordinaire, provoquant une discussion houleuse sur le respect de l’état de droit. Je ne considère pas ici les questions relatives à son efficacité réelle et sa mesure. Il reste que, politiquement, cette discussion renforce son positionnement pragmatique et déterminé. Elle lui assure aussi de pouvoir s’engager dans le second volet de son programme, la « police de sécurité quotidienne ».

Le programme de M. Macron se présente d’une manière fragmentée sur la question de la sécurité quotidienne. Il s’agit d’un ensemble d’éléments de langage plus que d’un programme d’action ou de propositions précises dont on verrait aisément comment les mettre en œuvre. Est-ce le fait d’un programme bouclé à la hâte ou bien d’une volonté de se laisser des marges de manœuvres ? Difficile à dire. Du point de vue des propositions pratiques et techniques, le programme est décevant (cf. précédent post).

Cependant, j’ai repris le programme, ou plutôt les morceaux de programme du point de vue des principes qu’ils contiennent, où, me semble-t-il, on peut mieux discerner ce que le candidat président voudrait faire, sa philosophie. En effet, on ne peut guère imaginer que M. Macron étant donné son itinéraire soit familier avec les rouages de forces de police, du volet pratiques. Il se révèle que les principes généraux de lecture appliqué à la police et la gendarmerie sont intéressants, très intéressants même. Ils sont en réalité moins disparates qu’il n’y paraît à première vue. Ils proposent une vision sous-jacente de la mission des forces de l’ordre. Ils laissent place à l’espoir qu’un changement profond peut être engagé par le gouvernement en matière de politique policière. Cette vision du changement a une épine dorsale.

Le programme se compose, selon ma lecture, d’un diagnostic, puis il dégage des outils de deux types (internes et externes) à mobiliser. Je m’intéresse ici uniquement au diagnostic, car il contient le cœur de la vision de la réforme nécessaire. Quel est cœur ? Dans son diagnostic de la situation, M. Macron souligne par ses propositions qu’il a vu les manques et déficits, les besoins de réorientation de la politique policière, même si on les saisi en creux, c’est-à-dire par la formulation de principes positifs de correction. C’est encourageant. D’abord on lit que la police et la gendarmerie devront « entendre » (connaître la demande est essentiel pour s’y ajuster) la population. Ensuite, on découvre que « la confiance » (un terme tout sauf anodin) dans les quartiers pauvres a baissé. Enfin, on apprend que des « pratiques abusives » existent en matière de contrôle d’identité. L’air de rien, ou presque, ces annonces, si elles devaient inspirer une politique policière corrective, seraient tout à fait révolutionnaires. En effet, le système de police français ne connaît pas la notion de confiance, qui est pourtant consubstantielle à la légitimité des institutions et de la police elle-même. Orienter la police vers le fait de gagner la confiance serait franchir un pas dans sa modernisation, se mettre dans la trace des démocraties européennes les plus avancées. La reconnaissance des difficultés à faire une police de qualité dans les zones pauvres, et du mauvais usage des contrôles ainsi que de leur caractère discriminatoire (voir son interview vidéo pour Médiapart sur ce point), est également très prometteuse : il ne s’agit pas simplement de dire qu’il y a plus de délinquance de rue en lien avec la pauvreté et la relégation, mais que la police doit travailler autrement. La reconnaissance des biais ethniques et de la difficulté à policer des villes globales manquait singulièrement lors du mandat précédent, immédiatement écartées de l’agenda par le ministre de l’intérieur de l’époque, M. Valls, après l’élection de M. Hollande. Les remettre sur la tapis est simplement essentiel. Comment des forces qui font appliquer la loi peuvent-ils renforcer les normes partagées si elles sont inéquitables ? La question sera de savoir comment rendre cette recherche d’égalité active et ne pas se couvrir par les interdictions formelles de l’inégalité dans la loi pour éviter tout changement des pratiques. Comment améliorer la relation police-population sans recherche la qualité dans le service, et donc la connaissance des besoins ? Ce ne serait pas praticable. Rien n’est joué donc, mais la partie est bien engagée au plan des idées.

Au total, police et gendarmerie doivent écouter, contrôler autrement, sans oublier de protéger. Rien de révolutionnaire dira-t-on. Il ne faut pas se méprendre. Ce qui est notable, ici, c’est la juxtaposition des termes dans un même ensemble de propositions : gagner la confiance et protéger sont les deux faces de la même pièce, et en conséquence M. Macron n’oppose pas une police molle qui chercherait à être gentille avec la population avec un police dure supposée efficace pour protéger. Il a saisi qu’en démocratie la confiance est l’efficacité même. Il a compris que pour refonder la police il faut plus généralement interroger la relation entre gouvernants et gouvernés qui guide les pratiques des organisations est des agents. Etre tourné vers le service au citoyen, être égalitaire. Tel est l’enjeu d’une police moderne ancrée dans un régime démocratique.

Si telles sont vos lignes de réflexion M. Le Président, si elles guident la formulation des politiques publiques sur le terrain, elles pourraient bien orienter la France vers le peloton de tête des pays démocratiques en matière de qualité de la police et de contribution de la police à la cohésion sociale. En marche donc, sans précipitation mais avec détermination et suivant le compas contenu dans les propositions cœur du programme. Car, finalement, M. Macron sera jugé sur sa capacité à organiser et impulser le changement, y compris dans le domaine de la sécurité quotidienne. Faire « comme avant » en améliorant à la marge quelques processus de travail n’est pas une option viable. Il faut que le citoyen et l’usager puissent toucher du doigt la traduction pratique de cette nouvelle philosophie des relations entre gouvernants et gouvernés, entre police et population. En marche vers une politique policière rénovée !

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