Légalisation du cannabis: pourquoi Valls a tort.

Des études rigoureuses existent qui ont estimé certains effets de la décriminalisation de la possession du cannabis. Ainsi, les universitaires Adda, Mcconnel et Razul ont étudié les effets sur la délinquance de la décriminalisation à Londres dans le district de Lambeth entre 2001 et 2002 et en Grande-Bretagne de 2004 à 2009 à l’échelle nationale. Il apparaît à Lambeth que les infractions liées à la drogue progressent et persistent même après la fin de l’expérimentation. Dans le même temps, la police peut diriger ses efforts vers d’autres infractions et limite le nombre des autres délits de manière durable. Le fait de légaliser la possession à Lambeth a également engendré un déplacement de la délinquance liée à la drogue vers ce quartier mais la fait baisser dans les quartiers environnants. La réalité est plus complexe que les discours politiques des hard liners français. Au niveau national, la seconde partie de l’étude montre qu’il n’y a pas d’effet de la décriminalisation sur l’augmentation de la délinquance liée aux drogues. C’est le contraire de ce que dit Manuel Valls.
Les études américaines faites depuis 25 ans ne trouvent pas non plus d’effet aggravant de cette approche (voir http://norml.org/index.cfm?Group_ID=3383 ). Depuis 1973, 13 Etats américains ont décriminalisé ce produit à un moment ou un autre. L’institut de médecine de l’Académie des sciences a conclu que qu’il n’y a aucun effet de transfert de la consommation vers d’autres drogues plus dures ou vers l’alcool. Des études expérimentales comme celle menée à Ann Harbor en 1976 n’ont enregistré aucune aggravation dans la prévalence du cannabis ou d’autres produits.
C’est la même chose qui est conclue de l’expérience des Pays-Bas: la prévalence du cannabis et des autres drogues n’est pas affectée par la décriminalisation concluent Macoun et Reuter par exemple à la fin de leur travail scientifique. La même chose est encore observée en Australie à la fin des années quatre-vingt dix.
La France fait figure de pays pré-scientifique dans son rapport à la connaissance et l’usage qui en est fait par les administrations.
Et si les décideurs français s’inquiétaient vraiment de connaître les effets de leurs préconisations ? Et si à la place d’asséner leurs convictions ils développaient une approche fondée sur la connaissance scientifique ? Après la campagne électorale peut-être ?

(Ce post de blog a déjà été publié sous le titre « Légalisation ou décriminalisation du cannabis: quels effets en attendre ? », mais comme les problèmes restent je le recycle).

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Théorie de la vitre brisée, le retour ? Des chercheurs en psychologie ont trouvé de nouveaux éléments qui la confortent

12 décembre 2016 mis à jour le 16 décembre. Interview de Sebastian Roché par Benjamin Jeanjean

http://www.atlantico.fr/decryptage/theorie-vitre-brisee-retour-chercheurs-en-psychologie-ont-trouve-nouveaux-elements-qui-confortent-sebastian-roche-2905703.html

1) Particulièrement en vue aux Etats-Unis depuis les années 1980 et 1990, la théorie de la « fenêtre cassée » (broken window) a pu expliquer en partie les comportements de criminalité et de délinquance dans certaines zones urbaines. En quoi consiste concrètement cette théorie ?

Cette théorie place en son coeur la notion d’incivilité ou de désordres. Un mécanisme a été mis en avant par J. Q. Wilson et G. Kelling  dans un article devenu célèvre Broken Windows, publié en 1982 dans « The Altlantic Monthly ». Quelle est leur thèse ? Leur article porte sur les limites et les dysfonctionnements de la réponse policière à la délinquance. Elle a eu un écho considérable du fait que James Q. Wilson, jouissait d’une notoriété considérable en criminologie aux États-Unis. Il est catalogué comme criminologue (conservateur) confirmé, Kelling est à cette époque le junior de l’équipe (de sensibilité démocrate), il deviendra plus connu dans sa fonction de conseil à l’autorité de transport de la ville de New York qui veut lutter contre les désordres et la délinquance. Les auteurs soulignent, dans cette publication qui a forme d’essai plus que d’article scientifique, que le sentiment d’insécurité contribue à détruire les voisinages et ouvre ainsi la porte à la délinquance qui s’y engouffre. Or, les incivilités contribuent largement à ce processus, disent-ils. Ceci constitue un renversement de la lecture classique qui fait de la peur (« le sentiment d’insécurité ») une simple conséquence de la délinquance : ici, on trouve la peur comme un « moteur » de développent de la délinquance, ou au moins comme constituant une boucle de rétroaction de la peur sur la cause (délinquance) à travers les incivilités. Si une vitre cassée dans un immeuble n’est pas réparée, expliquent les auteurs, le reste des vitres le sera rapidement car cela signale un espace sans règle, dans lequel la communauté ne se mobilise pas. Et, c’est pourquoi d’autres formes de délinquance vont venir se développer dans ce même espace. La vitre cassée est importante parce qu’elle montre que les liens sociaux sont cassés. Ensuite, les auteurs s’intéressent au rôle de la police. Ils montrent que les policiers sont réticents à se mobiliser pour lutter contre les désordres, et à effectuer des patrouilles à pied qui permettent de bien connaître les lieux et les habitants : le travail est difficile, il faut rester dehors le soir, même quand il pleut, et cela diminue la chance de tomber sur une « bonne affaire », c’est-à-dire l’arrestation d’un « vrai » criminel. Ils rappellent que, dans certaines villes, mettre les agents dans la rue était une forme de sanction de leur hiérarchie. Surtout, les rondes des policiers en voiture ne leur permettent pas de nouer des liens avec la population. Or, dans ce cas, la police ne va pas se mobiliser sur les incivilités et désordres qui gênent la population et favorisent la délinquance. Au total, la théorie de la vitre brisée met donc l’accent sur l’importance des liens sociaux pour prévenir la délinquance. Elle confie à la police un rôle essentiel : renforcer les mécanismes informels de veille de la communauté sur elle-même, sachant que la police ne peut pas, sauf avec des ressources extraordinaires, assurer le remplacement de cette veille sociale des habitants sur leurs quartiers. Si la police lutte contre les incivilités, elle peut renforcer les valeurs partagées par les membres à l’intérieur de la collectivité, leur mobilisation et donc faire baisser le niveau de la délinquance. On est loin de la théorie voisine dite de la « tolérance zéro » qui part des mêmes prémisses (le désordre doit être l’objet de l’attention des pouvoirs publics), mais où il revient aux policiers et aux magistrats de réprimer toutes les infractions. Ici, il s’agit au contraire de mobiliser et renforcer la société civile par le mode opératoire de la police.

2) La théorie de la « fenêtre cassée » a parfois été pointée du doigt pour son manque de preuves scientifiques venant l’étayer. Cependant, une récente étude américaine semble apporter de nouveaux éléments à ce sujet. Quels sont-ils ?

http://www.citylab.com/crime/2016/11/psychology-researchers-found-new-evidence-for-the-broken-windows-policing-theory/506381/?utm_source=nl__link2_110416

Cette théorie est régulièrement testée par des chercheurs issus de diverses sciences, criminologues, sociologues, psychologues notamment. Diverses méthodes sont utilisées, et plus récemment la méthodes dite expérimentale ou contrefactuelle (car elle consiste à comparer des groupes entre eux, dans un protocole de type médical) est mobilisée. Il en va ainsi du travail de Kotabe, Kardan, et Berman de l’université de Chicago dans « The Order of Disorder: Deconstructing Visual Disorder and Its Effect on Rule-Breaking » publié dans le Jounal of Experimental Psycholy en 2016. Les psychologues sont intéressés par le fonctionnement du cerveau dans la prise de décision humaine. A partir d’une étude de la façon dont les gens interprètent des images de morceaux d’environnement urbain, ils proposent une nouvelle interprétation : les auteurs de délits ne seraient pas tant influencés par le manque de réaction de la communauté et des autorités de police que par les « propriétés perceptuelles » de l’environnement. Si l’environnement est désordonné (construit autour de lignes asymétriques), le cerveau cesserait d’exercer un contrôle sur nos sentiments et nos tentations. Il y aurait un effet psychologique de l’espace sur le cerveau. On le voit, le lien avec la théorie de la vitre cassée est très indirect, et leur raisonnement fait l’économie du fonctionnement de la société locale et des autorités (la police). La référence à la théorie de la vitre brisée relève plus du marketting que d’autre chose.

3) Quels enseignements les dirigeants politiques, les architectes, les urbanistes et la société civile dans son ensemble pourraient-ils tirer de cette étude selon vous ? Est-il possible de s’en servir pour faire baisser la criminalité ?

A mon avis, on ne peut pas tirer de conséquence pratique d’une étude sur le fonctionnement du cerveau pour prévenir la délinquance. Il manque trop de variables dans le modèle utilisé par ces universitaires, qui est une expérience de laboratoire non vérifiée dans la « vraie vie ». Que sait-on de fondé sur le sujet ? Les sociologues quantitativistes ayant réalisé les études les plus solide nous apprennent que les prédicteurs les plus puissants de la délinquance restent « classiques », il s’agit des inégalités socio-économiques et spatiales, de la composition démographique de la population, de la concentration de la pauvreté. La prise en compte de telles variables annule même le rôle des incivilités sur la délinquance. L’étude longitudinale menée à Baltimore est la méthodologie est la plus adaptée au test d’une hypothèse causale des incivilités dans le « vrai monde ». Une étude de A.B. Geller datant de 2007 (« Neighborhood Disorder and Crime: An Analysis of « Broken Windows » in New York City ») et portant sur les évolutions les désordres physiques constatées au niveau des quartiers et les évolutions subséquentes de la délinquance à New-York au cours des années quatre-vingt dix le confirme : caractéristiques sociodémographiques des quartiers expliquent les variations de la délinquance, pas le niveau des incivilités. En particulier, on n’arrive donc pas à montrer d’effet durable des incivilités sur la délinquance sur le moyen terme (au bout de dix ans). Il est vrai que les incivilités augmentent la crainte, je l’ai également vérifié en France (cf. « La société incivile »). Il est vrai que la confiance dans la police est un élément important de la lutte contre la délinquance. Mais, aucun chercheur n’a pu montrer que les incivilités ont un effet propre (indépendant d’autres variables sociales, démographiques et économiques) puissant et durable sur la fréquence de commission de différents types des délits à l’échelle d’un individu, d’un quartier, d’une ville ou d’un pays. Il est peu probable que les désordres soient une cause majeure de la délinquance. Il n’y a guère de chances que lutter contre eux permette d’en limiter la fréquence à moyen terme.

 

POLICE : JUSQU’OÙ IRA LA CRISE?

FRANCE 5 / C à dire / Emission du 26/10/2016 – Axel de Tarlé reçoit Sebastian Roché

Vous êtes politologue spécialiste de la délinquance et de la police. François Hollande reçoit dans une demi-heure les syndicats de police. Les policiers manifestent depuis dix jours. C’est très rare, des policiers qui manifestent. Est-ce qu’ils en ont le droit ? 
« Ils ont le droit de manifester. Il y a eu des appels syndicaux à la manifestation en 2001. Il y en a eu aussi l’année passée. Ils ont le droit de le faire dans certaines conditions. Lorsque ces manifestations sont désordonnées, lorsque les manifestants apparaissent en portant des capuches, voire des masques, et lorsque certaines personnes disent qu’elles vont décider à la place de la justice et de la police, cela pose la question de la place de la police en démocratie. Normalement, cela ne fonctionne pas suivant ces standards ».

Cela traduit un malaise. Qu’est-ce qui se passe ? La police a peur et les délinquants n’ont plus peur de la police. Peut-on dire que la peur a changé de camp ?  
« Je pense que c’est quand même très exagéré. Si l’on resitue la France au niveau mondial ou au niveau européen, on a la chance d’avoir des policiers qui tuent très peu de concitoyens au cours des actions de police. Très peu de policiers, même si c’est forcément trop dans les deux cas, sont également tués. Il faut rester modéré. Il n’y a pas d’aggravation. Historiquement, il y a plutôt une diminution très nette du nombre de policiers qui meurent en service. Il n’y a pas une tendance à l’explosion ».

Le paroxysme, c’est cette attaque à Viry-Châtillon. On a l’impression que les policiers n’osent plus s’aventurer dans certains quartiers. Leurs voitures sont systématiquement caillassées. Cela n’existait pas il y a trente ans. 
« Cela existait. Cela fait un moment que la situation s’est dégradée. On a inventé les indices de violence urbaine. Une partie des violences urbaines, c’était des caillassages et des attaques contre les policiers. Il y avait déjà des policiers tués ».

Statistiquement, les policiers ne sont pas plus agressés aujourd’hui qu’auparavant ? 
« Il n’y a pas de comptabilité qui soit indiscutable. Cette tension est très claire. Les policiers sont soumis à un stress. Ils interviennent dans des quartiers difficiles où la situation est difficile parce qu’il y a une concentration de la pauvreté. Il y a des trafics. C’est une réalité. Cela n’explique pas la haine. Si la police essayait simplement de neutraliser ceux qui menacent tout le monde, pourquoi on s’en prendrait aux policiers ? Il manque un maillon du raisonnement ».

Vous voulez dire que les policiers sont aussi partiellement responsables, de par leur attitude, du rejet dont ils sont l’objet. On a un rapport compliqué avec l’autorité en France, plus qu’ailleurs.
« Comparativement aux grands voisins européens, la police française est peu appréciée par nos concitoyens français. Elle est jugée plus souvent discriminatoire. Moins souvent capable de fournir un service. Il y a un problème sur un business model de la police. Il y a un problème sur une police, pour quoi faire ? Il faut s’interroger sur ce que fait la police elle-même, sur ce qu’elle cherche à faire. Il faut qu’elle soit légitime. Une police légitime est une police respectée ».

Votre enquête dit que la police ne respecte pas les gens. C’est perçu comme cela en France. Est-ce que vous voulez dire que la police serait un peu trop « blanche » et ne ressemblerait pas à la population qu’elle est censée protéger ? Pour dire les choses simplement, y a-t-il des soupçons de racisme envers la police ? « La police française est beaucoup plus souvent mise à l’index pour des comportements discriminatoires. Cela dépend de ce que l’on entend par « raciste ». Il y a de la discrimination, du contrôle au faciès. Beaucoup d’enquêtes le montrent. La population le ressent. Elle le ressent plus en France qu’en Allemagne ou en Angleterre, ou encore au Danemark par exemple ».

Est-ce que vous êtes en train de nous expliquer que ce qui arrive aux policiers, c’est de leur faute ?
« Si France Telecom perd des usagers est-ce qu’ils ne vont pas s’interroger sur leur business model ? Si Renault vend moins de modèles, est-ce qu’il ne va pas s’interroger sur les produits qu’il fabrique? C’est la même chose pour la police ».

Les policiers ont-ils raison de dénoncer le laxisme de la justice ? Quand on s’en prend à un policier, la sanction doit être plus lourde que si c’était un citoyen lambda. Ils disent que, quand ils attrapent un délinquant, ils le revoient le lendemain au même endroit.
« C’est quelque chose que l’on entend depuis vingt ans. Mais je ne connais aucune étude ayant montré que ce soit vrai ou faux. Il y a des gens qui le ressentent et je ne dis pas que c’est faux. Simplement, il faut plus que cela pour me convaincre. Il faut des études qui soient impartiales et qui permettent de voir si vraiment il y a plus de risques. Si c’est parfois le cas, il faut les mettre en perspective. On ne peut pas juste prendre les revendications des syndicats ou des personnes qui s’expriment publiquement. C’est plus compliqué que cela ».

Les policiers disent qu’ils ont l’impression que leur parole, en cas de litige, ne compte pas plus que celle du délinquant face à la justice. On ne respecte plus la parole des policiers.
« La parole des policiers compte. Elle est juridiquement dans une position de supériorité. Je ne pense pas que ce soit exact. Simplement, peut-être attendent-ils plus que ce à quoi ils ont le droit ? Peut-être simplement qu’ils attendent que, puisqu’ils l’ont dit, le juge considère que c’est la vérité. Je pense qu’il y a un débat contradictoire et c’est le juge qui apprécie ensuite et forme des conclusions ».

En même temps, il y a des témoignages de policiers qui disent que, dès que ça tourne mal, ils tournent les talons parce qu’ils n’osent pas sortir leur arme.
« Le système de police français est meilleur que le système de police américain par exemple ».

Au prix de zones de non-droit, peut-être, où on laisse le trafic prospérer.

« La mafia aux Etats-Unis est beaucoup plus implantée qu’en France. Le nombre de policiers tués en service aux États-Unis est cinq fois plus élevé qu’en France. Si vous allez une seule fois dans un commissariat de police aux Etats-Unis, vous verrez comment c’est. C’est couvert de plaques de policiers morts en service. En France, il ne faut pas entrer dans cette surenchère. Parce que si les policiers s’arment plus, que vont faire en face ceux qui veulent s’en prendre aux policiers ? Il faut rester hors de cette spirale. On a un modèle européen, de police apaisée, qui est en crise, mais qui est bien supérieur à ceux des modèles de cow-boys que l’on peut trouver outre-Atlantique ».

Il y a une violence encore plus dure qui vient en réaction. 
« Aux États-Unis, vous avez six fois plus de prisonniers pour 1000 habitants qu’en France et vous avez cinq fois plus de policiers tués qu’en France ».

Comment réconcilier la police avec son travail ? Il y a un malaise. Vous leur dites de se réformer. Est-ce que cela veut dire s’ouvrir à la diversité? Être plus respectueux? Moins griller les feux rouges ?
« Déjà il faut ouvrir ce dialogue. On ne peut pas tomber d’accord sans ouvrir ce dialogue. Cela suppose de regarder et de ne pas juste dire : la population n’est pas gentille, elle ne nous aime pas. Les magistrats ne font pas leur travail et les hommes politiques sont incompétents. Il faut que la police s’interroge sur elle-même et qu’ensuite, elle aille au dialogue et qu’elle écoute les demandes de la population, qu’elle fasse attention à l’égalité devant la police ».

Qui sont ces collégiens réceptifs au discours de Daech ?

La Croix. Flore Thomasset, le 28/11/2016 à 6h21

Le CNRS organise lundi 28 novembre un colloque de restitution pour présenter les premiers résultats des recherches lancées après les attentats du 13 novembre 2015.

L’une d’elles est consacrée à la réceptivité des adolescents aux discours de Daech, un enjeu stratégique pour établir des politiques de prévention adaptées.

Les adolescents sont-ils réceptifs au discours de Daech et si oui, dans quelles conditions ? Deux recherches, parmi les 66 « actions » lancées par le CNRS après les attaques du 13 novembre, se penchent sur cette question, essentielle pour comprendre les conditions de la radicalisation et établir des politiques de prévention efficaces. Les chercheurs en présenteront lundi 28 novembre les premiers résultats.

Parmi eux, Sebastian Roché, chercheur au CNRS, qui a mené une enquête sur « la justification de la violence et l’identification au collectif ». Elle a porté sur un échantillon de 12 000 collégiens dans tout le département des Bouches-du-Rhône.

Rejet de la France et acceptation de la violence

« En France, on a un débat très vif entre”islamisation de la radicalité” et “radicalisation de l’islam” qu’il fallait mettre à l’épreuve du terrain », explique le chercheur. « Empiriquement, on se rend compte que les deux aspects – sociaux et religieux – jouent. Pour être disponibles à un message radical et violent, ces deux facteurs doivent même se recouper : pour qu’il y ait “préradicalisation”, il faut à la fois qu’il y ait un rejet de la France et de ses valeurs et une acceptation de la violence comme moyen d’action justifiable. »

Combien de jeunes se trouvent dans ce cas ? Les chiffres révélés par l’étude sont éloquents. Ainsi, 4,8 % de l’échantillon considèrent que la violence peut constituer un moyen d’action légitime. Pour cette catégorie-là, on peut « jeter des pierres sur la police » ou « insulter volontairement quelqu’un à cause de sa religion, de la couleur de sa peau ou de son origine ».

De même, la « désidentification nationale », c’est-à-dire le fait de se sentir « totalement défini par une autre appartenance que française », concerne 2,9 % des collégiens interrogés. « Ce sont des jeunes qui ont été élevés dans un climat où l’on considère qu’en France, on est allés trop loin dans la libéralisation des mœurs, dans l’égalité homme-femme notamment », développe Sebastian Roché.

1,7 % de l’échantillon réceptif aux discours de Daech

En croisant ces deux critères stricts, le chercheur obtient une population qui représente 0,3 % de l’échantillon. Le chiffre peut sembler faible mais, appliqué à l’ensemble des collégiens (3 335 000 élèves en France), cela représente tout de même 10 000 jeunes. « Évidemment, il y a une marge entre cette situation de préradicalisation, de disponibilité au discours radical et violent, et la radicalisation à proprement parler, qui ne concernerait qu’une fraction de jeunes », nuance le chercheur, conscient de la sensibilité du sujet.

Cela dit, si l’on considère des critères un peu moins restrictifs, les taux augmentent vite. En prenant en compte les jeunes qui rejettent l’identification à la France, mais pas « totalement », et ceux qui acceptent la violence, mais moins nettement, 1,7 % de l’échantillon peut être considéré comme réceptif aux discours de Daech.

Si l’on ajoute ce pourcentage aux 0,3 % précédents, cela fait donc 2 % des collégiens en situation de fragilité par rapport à la propagande.

Plus la prévention intervient tôt, plus elle est efficace

« Ces taux sont des moyennes sur le département mais il est important de préciser que dans certains quartiers, ils peuvent être multipliés par deux et concerner alors une population très significative », conclut le chercheur. Ce sont ces adolescents-là avec lesquels il faudrait travailler spécifiquement sur des modules de distanciation et de développement de l’esprit critique. Un enjeu bien compris par l’Éducation nationale, qui sait que plus la prévention intervient tôt, plus elle est efficace.

 

Police et contrôles d’identité: l’enquête franco-allemande « POLIS » (CNRS-Max Planck) reprise par le CNCDH

L’avis publié par le CNCDH (Avis sur la prévention des pratiques de contrôles d’identité abusives et/ou discriminatoires) s’appuie sur les enquêtes françaises et européennes sur la logique et la dynamique des contrôles (accès au document http://www.cncdh.fr/fr/publications/avis-sur-la-prevention-des-pratiques-de-controles-didentite-abusives-etou ).

Voir les extraits attachés de l’avis publié par le CNCDH ici.

Il utilise les résultats de l’enquête franco-allemande « POLIS » (CNRS/Sciences Po Grenoble-Max Planck Gesellschaft, Freiburg) voir http://www.anrpolis.fr/

Les résultats de « POLIS » ont fait l’objet de publications dans :

D. Oberwittler, S. Roché, « Experiences, perceptions and attitudes ». European Society of Criminology newsletter, 3, 4–10, 2013,

Jacques de Maillard, Daniela Hunold, Sébastian Roché, Dietrich Oberwittler, Mathieu Zagrodzki., « Les logiques professionnelles et politiques du contrôle. Des styles de police différents en France et en Allemagne », Revue française de science politique, vol 66, n°2, février 2016, p.285.

et Sebastian Roché, De la police en démocratie, Grasset, 2016. voir http://www.grasset.fr/de-la-police-en-democratie-9782246806141

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Manifestation de policiers: « Le malaise de la base est palpable »

La manifestation spontanée de policiers sur les Champs-Elysées dans la nuit de lundi à mardi a marqué les esprits. Sebastian Roché, directeur de recherche au CNRS, revient sur le sens de cette action.

Sébastien Leurquin, publié le 18/10/2016 à 17:48 , mis à jour le 19/10/2016 à 12:43

Dans la nuit de lundi à mardi, environ 500 policiers ont manifesté sur les Champs-Elysées. Cet évènement intervenait dix jours après l’attaque au cocktail Molotov contre quatre agents à Viry-Châtillon.  Pour Sébastian Roché, directeur de recherche au CNRS et spécialiste des questions liées à la police, la manifestation traduit un double malaise: d’un côté, les policiers ne sont pas appréciés au sein de la population et de l’autre, on fait sans cesse appel à eux dans le contexte terroriste actuel. 

Est-ce qu’une telle manifestation est inédite? 

Le fait que des policiers se rassemblent n’est pas exceptionnel. A la fin du mandat de Lionel Jospin, en 2001, on avait connu en France des manifestations beaucoup plus importantes, par le nombre de localités et par le nombre de fonctionnaires manifestant. Ils protestaient à l’époque contre le supposé « laxisme de la Justice ». Il arrive aussi qu’il y ait des actions spontanées après des faits divers dans lesquels un policier est blessé ou tué. Cette manifestation traduit néanmoins le malaise de la base, qui est palpable et qui a échappé à l’encadrement syndical.  

Le directeur général de la police nationale (DGPN) a évoqué une action inacceptable » et « contraire » aux « obligations statutaires » des policiers. Que risquent les policiers qui ont manifesté?  

Le DGPN est obligé de faire ces déclarations. Sa position lui impose de rappeler les règles de l’institution. Une enquête de l’Inspection générale de police nationale (IGPN) va avoir lieu. Mais je n’imagine pas le gouvernement aller au clash dans ce dossier.  

Surtout pas dans le contexte actuel, avec d’un côté le risque terroriste et de l’autre la course pour 2017. Le calendrier politique explique d’ailleurs aussi cette manifestation. Les policiers savent que c’est le moment de se faire entendre et de mettre la pression sur les différents candidats afin de peser dans le débat.  

Quelle est la marge de manoeuvre du gouvernement? 

Il est dans une position très délicate. Soit il cède aux revendications des policiers, avec un risque pour le budget. Soit il résiste, mais dans ce cas il risque la confrontation. Ce qui peut être très dangereux dans le contexte actuel.  

Et que traduit cette manifestation sur le climat et la température au sein de la police? 

On est aujourd’hui face à un double malaise dans la police. D’un côté il est structurel. La police n’est pas beaucoup aimée ni reconnue en France. De l’autre il est conjoncturel. Le gouvernement demande beaucoup aux policiers et aux militaires. Le dispositif de sécurité est au maximum, ce qui crée forcément une surcharge de travail et donc des tensions.  

Peut-on redouter un vote extrême des forces de l’ordre? 

Le vote FN est déjà très élevé. Je ne sais pas s’il peut encore s’accroître. Mais on peut craindre en effet que les policiers soient tentés par un vote anti-système. Ce qui est tout de même assez paradoxal. 

« Il faut aussi que la police s’interroge sur son propre comportement »

« Il faut aussi que la police s’interroge sur son propre comportement » selon le sociologue Sébastian Roché

Par franceinfo – Radio France

Mis à jour le 22/10/2016 | 10:59 – publié le 22/10/2016 | 09:29

La France vient de vivre une cinquième nuit de mobilisation des policiers, treize jours après l’agression de quatre de leurs collègues à Viry-Châtilllon (Essonne). Sur franceinfo samedi 22 octobre, Sébastian Roché, sociologue et directeur de recherche au CNRS a estimé qu’il « faut aussi que la police s’interroge sur son propre comportement ».
franceinfo : Comment expliquez-vous cette colère des policiers ?

Sébastian Roché : Le fait que les policiers soient attaqués (…) ça c’est la première chose. Et puis il y a aussi un contexte très particulier, qui est le contexte pré-électoral avec un gouvernement qui est faible. Monsieur Hollande est faible, la majorité est divisée (…) donc c’est le moment de revendiquer, de se faire entendre et d’essayer de gagner quelque chose.

Selon vous, qu’est-ce qui ne va pas ?

Le problème, ce sont les relations entre la population et la police (…) Il faut regarder des deux côtés. D’un côté, il y a les conditions socio-économiques, les quartiers enclavés, les jeunes qui sont passés dans une économie criminelle… Et puis de l’autre, il faut aussi que la police s’interroge sur son propre comportement. Les biais policiers, la discrimination policière, la question du racisme policier, même si l’expression est un peu excessive.

Mais l’attaque de Viry-Châtillon, ce sont bien des dealers qui voulaient protéger leur lieu de trafic ?

Je ne pense pas. Pourquoi des dealers attaqueraient des policiers ? C’est la meilleure façon de ruiner leur business. Si vous êtes un dealer et que vous attaquez des policiers, le lendemain votre zone de deal est couverte de CRS, la police judiciaire va mettre le paquet et trouver les auteurs, et votre deal, il est fini. C’est autre chose. Les attaques contre les policiers, elles sont motivées par la haine de la police, par une culture anti-policière. Donc il faut comprendre pourquoi.

Que faut-il faire ?

Il faudrait poser le problème sur la table : quelles sont les relations police-population en France, comment il est possible que ça arrive… Pas juste dire, ‘si on met des sanctions plus sévères, on aura réglé le problème’. Il faut s’intéresser au business-model, comment fait la police, qui en bénéficie, qui en souffre… C’est ça qu’il faut se poser comme questions.

Policiers : « Réduire le problème à des questions d’effectifs, c’est jeter de l’huile sur le feu »

Des policiers manifestent dans toute la France pour exprimer leur malaise. Le sociologue Sebastian Roché analyse cette colère qui ne faiblit pas.

LE MONDE |  21.10.2016 à 16h21 • Mis à jour le 21.10.2016 à 17h52 | Propos recueillis par  Jérémie Lamothe

La colère ne retombe pas. Depuis l’agression de quatre fonctionnaires, le 8 octobre à Viry-Châtillon (Essonne), les manifestations nocturnes de policiers, rassemblant jusqu’à plusieurs centaines de personnes, se sont multipliées à Paris, Lyon, Marseille ou encore Toulouse et Montpellier.

Signe particulier de ce mouvement, il n’a pas été organisé, au départ, par des syndicats, même si ceux-ci appellent désormais à des « rassemblements silencieux dans les palais de justice » tous les mardis à 13 heures et à une « Marche de la colère » le 26 octobre.

Le sociologue Sebastian Roché, enseignant à l’Institut d’études politiques de Grenoble et auteur du livre De la police en démocratie (Grasset, à paraître le 2 novembre), revient sur le malaise policier.

Peut-on dire que ces manifestations ont lieu en dehors de toute action syndicale organisée?

Sebastian Roché : J’ai effectivement l’impression que dans ce mouvement les syndicats ne sont vraiment pas à la manœuvre. La forme de ces manifestations, qui ont lieu en soirée ou dans la nuit, avec des gens cagoulés ou masqués, ne correspond pas à celle de manifestations syndicales classiques. Ça ressemble plus à l’action d’agents autonomes.

Je me souviens qu’à la fin du mandat de Lionel Jospin, au début des années 2000, il y avait eu des manifestations très importantes, sur le vote de la loi de la présomption d’innocence, qui n’étaient pas organisées. Mais ce n’est pas quelque chose de commun.

Les policiers sont cependant l’un des corps les plus syndiqués de la fonction publique [49 % contre 20 % pour l’ensemble des fonctionnaires]. Si vraiment ils estiment que les syndicats ne les représentent pas, ils peuvent rendre leur carte. Là, ils protestent tout en étant toujours syndiqués. Une clarification pourrait être utile.

 Quelles sont leurs principales revendications ?

La contestation porte notamment sur les conditions de travail, surtout dans les banlieues difficiles, où la violence contre les policiers est une réalité. Il y a des problèmes structurels et des événements qui placent les policiers en porte-à-faux, notamment depuis les nouvelles formes de protestations telles que Nuit debout ou les zones à défendre (ZAD), à Sivens et à Notre-Dame-des-Landes.

Sur le terrain, les agents doivent faire face à ces nouvelles formes d’actions, mais il y a un problème de gestion et de vision de la direction. Il ne faut pas juste envoyer les gars dans la rue, mais s’interroger sur les missions de la police, ses moyens d’action, son rôle. Et ça, c’est à la hiérarchie de trancher.

L’autre élément, c’est que les policiers sont confrontés à un réel désamour de la société. Mais face à cela, les policiers ne se remettent pas en cause. Si ça ne va pas, c’est la faute des politiques, des syndicats, de la justice… Ils ne se disent pas : « Et nous, quelle est notre part de responsabilité ? » Mais comment se fait-il qu’ils soient mal aimés ? Où est la réflexion des syndicats là-dessus ?

Les policiers en grève évoquent également des problèmes d’effectifs.

Oui, le manque d’effectifs est une revendication classique, mais qui ne dit pas grand-chose de la réalité. Si on la compare à d’autres pays, la France est bien fournie. Il y a en revanche un problème de répartition sur le territoire et dans les services et de gestion du personnel.

Et les recrutements qui sont en cours actuellement ne se traduiront pas immédiatement par des hommes sur le terrain [selon le ministère de l’intérieur, 6 500 emplois ont été créés depuis 2012. Et 2 500 le seront d’ici à 2017]. Réduire le problème de la police à des questions d’effectifs, comme le font certains candidats à droite, c’est jeter de l’huile sur le feu.

Depuis le début du mouvement, on sent une vraie méfiance des policiers envers leur hiérarchie et envers le gouvernement.

Par ces manifestations, les policiers défient l’exécutif, et c’est d’ailleurs assez inquiétant. Ils demandent davantage de lois, de sévérité de la part du système judiciaire. Mais pour eux, ils renversent le discours. La loi ne permet pas qu’ils fassent grève, mais ils ne la respectent pas. Ils ont un double discours, rigoureux pour les autres mais pas pour eux.

De la part de policiers qui sont censés incarner la loi et l’autorité, ça peut paraître surprenant. Ce n’est pas banal de voir des policiers, bras armé de l’Etat, défier l’autorité politique.

Le premier secrétaire du Parti socialiste, Jean-Christophe Cambadélis, a accusé le Front national d’être à la manœuvre derrière ce mouvement. Est-ce crédible ?

C’est vrai qu’il y a une sensibilité de droite, voire du FN chez les policiers, il y a des liens. Mais je ne vois pas de preuve que le FN soit derrière tout ça, j’ai un peu de mal à l’imaginer.

Et si les policiers agissent à six mois de la présidentielle, ce n’est sûrement pas un hasard. Il y a un malaise structurel et des éléments conjoncturels et politiques qui peuvent donc expliquer ce mouvement.
En savoir plus sur http://www.lemonde.fr/societe/article/2016/10/21/ce-n-est-pas-banal-de-voir-des-policiers-bras-arme-de-l-etat-defier-l-autorite-politique_5018178_3224.html#QrjAeQlfrSKLcqWw.99

L’agression préméditée de quatre policiers près de la cité de la Grande-Borne dans l’Essonne, relance le débat sur les zones de non-droit. 

Propos recueillis par Jérôme Sage, Le Parisien. 10 octobre 2016, 7h00 | MAJ : 10 octobre 2016, 10h15

LE FAIT DU JOUR. L’agression préméditée de quatre policiers, en mission de surveillance près de la cité de la Grande-Borne dans l’Essonne, relance le débat sur les zones de non-droit. Entretien avec Sebastian Roché, spécialiste des questions d’insécurité.

Le pronostic vital d’un des policiers agressés à Viry-Châtillon (Essonne), samedi après-midi, est engagé. L’homme a été victime, avec trois de ses collègues, d’une attaque en règle, véritable tentative d’assassinat organisée par une quinzaine de jeunes encagoulés venant de la cité de la Grande-Borne voisine, à cheval sur Viry-Châtillon et Grigny. La raison ? Ils surveillaient une caméra placée pour éviter les vols à la portière, véritable institution à cet endroit. Entretien avec Sebastian Roché est directeur de recherche au CNRS.

Comment analyser cette attaque ?
Sebastian Roché. Ce qui frappe en premier lieu, c’est la taille du groupe d’assaillants. Une quinzaine de personnes, ça demande de l’organisation et des formes de hiérarchie. Ce n’est pas un groupe qui se forme spontanément sous l’émotion, un dérapage, mais une violence ciblée, avec la préparation de cocktails incendiaires. Il faut des intérêts en jeu : ce groupe sait que s’attaquer à des policiers mène à une politisation, donc au déploiement de moyens, et que les policiers vont mettre le paquet. Ils savent que les coûts vont être élevés, et ce rapport coût-avantage ne les dissuade pas. Ils ne font pas ça pour renverser les institutions mais pour supprimer un obstacle à une activité économique.

Les policiers étaient postés pour surveiller une caméra… Est-ce la limite de ces dispositifs ?

Si les conséquences n’étaient pas tragiques, ce serait risible : envoyer des moyens humains protéger un dispositif technique de surveillance, censé économiser de la présence humaine, c’est paradoxal. Je ne suis pas un défenseur de la vidéosurveillance, mais dans ce cas précis, l’énergie déployée pour le détruire montre que cet équipement gêne le business. Ce type d’escalade entre la police et des groupes organisés sur un territoire n’est pas une exception. Mais là, ces groupes envoient un message très inquiétant : le risque pour la police n’est pas de se faire caillasser mais de se faire brûler.

La mairie envisage de poser des barrières, une vidéosurveillance renforcée… Est-ce la réponse adéquate ?

Il y a des problèmes socio-économiques de fond dans ces espaces pauvres, très enkystés et criminogènes en France. On les appelle zones de non-droit mais la réalité, c’est que la police ne peut pas résoudre la situation socio-économique. Depuis deux mandats présidentiels, les banlieues ont été laissées au second plan. Ces problèmes, il faut les aborder, sinon des jeunes assez fous, à la recherche du frisson pour aller attaquer des policiers, vous en trouverez toujours. Or les villes dont on parle n’ont pas les ressources pour affronter seules ce problème. Il faut une solidarité nationale.

Oui, mais comment ?

La France, contrairement à l’Allemagne ou la Grande-Bretagne, n’a pas dans sa doctrine d’objectifs concernant les relations entre la police et la population. Pour arrêter ces types de criminels, il faut de l’information. Pour de bonnes informations, il faut qu’une partie suffisante de la population fasse confiance à la police. C’est un chantier, toujours pas abordé dans notre pays alors que nos voisins ont intégré le service à la population comme l’un des critères d’efficacité de la police. C’est une politique de long terme, au-delà des alternances politiques.