Police-Citizen Relations Across the World: Comparing sources and contexts of trust and legitimacy

Dietrich Oberwittler, Sebastian Roché

Police-citizen relations are in the public spotlight following outbursts of anger and violence. Such clashes often happen as a response to fatal police shootings, racial or ethnic discrimination, or the mishandling of mass protests. But even in such cases, citizens’ assessment of the police differs considerably across social groups. This raises the question of the sources and impediments of citizens’ trust and support for police. Why are police-citizen relations much better in some countries than in others? Are police-minority relations doomed to be strained? And which police practices and policing policies generate trust and legitimacy?

Research on police legitimacy has been centred on US experiences, and relied on procedural justice as the main theoretical approach. This book questions whether this approach is suitable and sufficient to understand public attitudes towards the police across different countries and regions of the world. This volume shows that the impact of macro-level conditions, of societal cleavages, and of state and political institutions on police-citizen relations has too often been neglected in contemporary research.

Building on empirical studies from around the world as well as cross-national comparisons, this volume considerably expands current perspectives on the sources of police legitimacy and citizens’ trust in the police. Combining the analysis of micro-level interactions with a perspective on the contextual framework and varying national conditions, the contributions to this book illustrate the strength of a broadened perspective and lead us to ask how specific national frameworks shape the experiences of policing.

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Police de proximité, mode d’emploi

Article publié dans The Conversation (France) le 28 août 2017
https://theconversation.com/police-de-proximite-mode-demploi-82923

La police, le problème et la solution

La police de proximité, ou police orientée vers la communauté, ou encore police de voisinage sont un ensemble de pratiques, mais surtout d’organisation de la police pour répondre à deux défis : celui du problème posé par la police elle-même, et celui de la sécurité au quotidien des habitants des quartiers défavorisés. La police est donc à la fois le problème et la solution. C’est une « nuance » qu’il faut bien saisir lorsqu’on entend lui opposer que la police ne doit pas faire de social et se concentrer sur le pénal : cette critique fait l’impasse sur le problème des comportements policiers problématiques (usage disproportionné de la force, contrôles au faciès en particulier) qui alimentent le ressentiment et ainsi vont à l’encontre des finalités recherchées en diminuant la confiance dans les institutions publiques. Si la police ne gagne pas la confiance, elle ne peut ni rassurer, ni protéger.

La police communautaire, expression commune aux États-Unis ou au Royaume-Uni, est inspirée par des idées générales, une philosophie. Sur le continent européen, on lui accole plutôt le terme proximité ou voisinage, car on réserve le mot communauté à l’État (la communauté nationale) ou à des formes administratives (la communauté de communes), mais on ne l’aime pas pour les citoyens. Le Président Macron a préféré « police de sécurité quotidienne » pour ne pas traîner une expression – police de proximité – connotée à gauche depuis 2002. Mais cela ne change pas fondamentalement les choses.

Ces doctrines de police ont pour fondation des principes (ou une « vision »), qui sont souvent déclinés de manière distincte d’une ville ou d’un État à l’autre. Ce qui les relie est de ne pas limiter la police à l’usage de la force ou la réaction à l’urgence, d’une part, et, d’autre part, de ne pas concevoir la mesure de la performance policière de façon étroite par des taux de délinquance ou d’élucidation, mais par la capacité à améliorer la qualité de la police et de la vie dans les quartiers concernés – ce qui ne peut se faire sans se soucier des habitants. Ces principes sont ensuite transposés dans une stratégie organisationnelle. Il n’y a pas de solution unique, et même dans un seul pays, on va trouver différents styles de police communautaires, comme aux États-Unis.

L’urgence et la nécessité d’une doctrine

La police de sécurité quotidienne nécessite donc une « vision » – ce qu’on veut faire à partir de principes généraux – et une « stratégie » – comment on va le faire, avec quel calendrier et sur quelle durée. Les deux ensembles doivent être décrits précisément dans une doctrine de police de sécurité publique. Une doctrine est un guide sur la bonne manière de mettre en œuvre des principes. Ce n’est ni une loi, générale, définissant les missions et moyens, ni un règlement d’emploi, très précis, fixant par exemple les conditions de travail.

Aussi surprenant que cela paraisse, la France n’a pas de doctrine de sécurité publique. La dernière fois qu’il a été tenté d’en produire une, ce fut pendant la police de proximité (1998-2000). Depuis, elle a été remplacée par slogans et truismes (« La répression est la meilleure prévention », « La police est là pour arrêter les délinquants »). C’est dire le besoin de se mettre au travail.

La vision de la police de voisinage ou de proximité contient en général les éléments suivants : une volonté de gagner la confiance de la population – ce qui se fait en augmentant –localement et nationalement – la transparence de la police (sur ce qui va bien et aussi moins bien, et notamment l’inégalité devant la police, l’usage de la force), et en tournant la police vers les besoins des habitants et usagers – ce qui suppose de les connaître, et donc de les mesurer. Ces besoins varient suivant les territoires. Ceci, par ricochet engage une seconde notion, celle de décentralisation.

Une stratégie locale à repenser

Le programme local de réforme doit inclure :

  • la conception puis la mise en œuvre de mécanismes locaux pour augmenter la confiance : la couverture du territoire par des points contacts dans différents quartiers ou secteurs, la « fidélité » des agents à un même territoire ;
  • la satisfaction vis-à-vis du service rendu : le travail de police est fait d’un ensemble de tâches et processus dont il faut savoir la qualité ;
  • et enfin, la redevabilité de la police vis-à-vis du niveau local (à la fois les élus et les populations), c’est-à-dire le fait de consulter, d’informer, puis d’expliquer son action et de la justifier.

Cela se décline au plan organisationnel principalement par le découpage des villes en secteurs, de petites unités territoriales, et par des modes d’affectation des policiers dans ces secteurs. Par exemple, la ville de Montréal qui compte 2 millions d’habitants comporte 32 « postes de quartier ». Ce découpage implique de repenser le fonctionnement des commissariats, car donner plus de pouvoir à l’encadrement intermédiaire sur le terrain a de nombreuses répercussions internes, notamment.

Mais, la stratégie organisationnelle concerne également la création de mécanismes qui permettent d’articuler la police avec les autorités locales et les autres acteurs, entreprises ou administrations nationales et locales. La police de voisinage pilotée depuis Paris est un non-sens. Du fait de la complexité politico-administrative française, développer la prévention et le partenariat exige une nouvelle « gouvernance locale » : dans un pays centralisé il faut coordonner les administrations d’État et les autres.

Lorsque la police est décentralisée et dépend du maire, il n’est pas nécessaire de créer des mécanismes comparables. En France, dans le passé, ils ont pris le nom de CCPD (Conseils communaux de prévention de la délinquance) ou CLSPD (Conseils locaux de sécurité et de prévention de la délinquance) par exemple, ou ZSP (zone de sécurité prioritaire). J’ai décrit ces ajustements dans Police de proximité tels qu’ils ont été tentés progressivement en 1995-2001. Ils sont une pièce essentielle de la réforme. Sans un tel mécanisme qui institutionnalise l’ancrage local de la police, la réforme de la proximité resterait virtuelle.

La stratégie nationale : l’objectif de la qualité

Le rôle du niveau national doit comprendre l’établissement de la doctrine (un point essentiel car il en va de la fabrication d’une sorte de compas pour s’orienter durant la réforme), l’expérimentation dans des zones test du modèle, pour apprendre du terrain et de faire les retours d’expérience avec les professionnels et les usagers locaux pour ajuster les solutions.

La réforme doit aussi s’y traduire au plan organisationnel : il faut construire les services centraux nécessaires à s’assurer de la performance globale, conçue comme incluant la recherche de la confiance et la satisfaction (et la recevabilité sur ces critères), la qualité du service, la réduction des délinquances. Cela implique – et en soi ce serait une révolution – un véritable suivi évaluation, une pratique inconnue du ministère de l’Intérieur qui n’a, jusqu’à présent, évalué rigoureusement aucune de ses politiques. Hélas.

Garantir la « qualité de la police » par l’évaluation des opinions des usagers est essentiel et demande que cette tâche soit confiée à une direction dédiée. Cette tâche, en effet, ne se confond pas avec celle des inspections. Elle est plutôt assimilable à une direction de la qualité de la police et de la gendarmerie qu’il faudrait créer et rattacher au ministre.

Les critiques les plus véhéments de cette doctrine de police ont, en réalité, bien peu de choses à lui opposer, sinon leurs cris. Nombre de pays étrangers ont adopté une orientation comparable en Europe, en Amérique du Nord : sont-ils tous si sots ? Lors de sa mise en œuvre en France, elle a permis de faire progresser les liens police-population dans les circonscriptions où elle a été réellement appliquée. Et dans diverses villes à l’étranger comme à Chicago, San Diego ou Kansas City. Les études disponibles confirment que sa mise en œuvre n’aggrave jamais la délinquance, contrairement à ce que les Cassandres affirment. Dans les pays voisins qui ont procédé à des évaluations rigoureuses, comme au Royaume-Uni, on enregistre bel et bien des baisses des délits du quotidien.

Faire de la police de sécurité quotidienne, c’est avant tout vouloir modifier l’organisation de la police en fonction d’une idée moderne de son rôle dans la société. Cette idée, on pourrait l’appeler l’efficacité démocratique. L’enjeu de cette réforme est donc de démocratiser la police, pas moins, de faire une police de service au bénéfice des usagers, une « police universaliste », comme j’ai proposé de la nommer, qui serve chacun de manière égale.

Développer « l’orientation usager »

Au total, on l’a compris : la police de sécurité quotidienne ne se résume pas à des petits aménagements locaux, quelques réunions partenariales saupoudrées ici ou là. Elle suppose de la part du ministère de l’Intérieur une capacité à s’interroger sur lui-même. La mission qui consiste à réduire les troubles et les délits est un élément d’un plan plus global qui vise la qualité de la police (service, égalité), elle n’en est plus l’unique pierre de touche. Ce qui ne signifie pas qu’il faut négliger la détection des délits et l’identification des auteurs.

Cela implique une mutation culturelle chez les professionnels. L’idée même du métier est modifiée par une telle réforme, et si certains y adhérent, d’autres ne s’y reconnaissent pas. L’enjeu de la police de sécurité publique déborde donc largement la question du périmètre des « bac », des patrouilles pédestres, de « l’îlotage », même s’il fait partie des pratiques nécessaires. L’enjeu est le développement et la pratique d’une « orientation client » ou « orientation usager » si l’on préfère. Ce n’est pas une rupture radicale, mais plutôt une mutation par étapes en s’appuyant sur des bonnes pratiques et les idées existantes.

Ma première conclusion est simple : on ne fera pas la police de sécurité quotidienne en ne changeant rien à l’organisation centrale et locale du ministère de l’Intérieur et des organisations qu’il chapeaute. Si on écartait cette option, cela serait un signal fort pour indiquer qu’on va faire semblant. Pour être tournée vers les usagers, les élus locaux et vers les priorités locales, la police doit se réorganiser tant du point de vue de sa gouvernance que d’un point de vue structurel.

Ma deuxième conclusion est qu’il nous faut raisonner à deux niveaux : national et local tout à la fois. L’État doit se réformer « d’en haut » pour faire en sorte que police et gendarmerie soient orientées vers la qualité du service et rendent des comptes « en bas ». Ce n’est pas le moindre défi pour le nouvel exécutif.

Sébastian Roché a publié De la police en démocratie (Grasset) en novembre 2016.

La police de proximité ou de sécurité quotidienne est une nécessité.

Interview réalisé par Salera Benarbia, Le Dauphiné Libéré.
1.       Est-ce que Grenoble est une ville plus violente qu’avant à l’époque de la mafia italienne ? Plus violente que d’autre villes de même taille ? La violence a-t-elle changé de visage ?

Il y a eu des périodes de violence et des périodes plus calmes dans l’histoire grenobloise. Les années soixante-dix avaient été marquées par les affrontements entre bandes rivales qui s’éliminaient à l’arme automatique sur fond de contrôle des jeux clandestins et de la prostitution. La fin de cette époque a été illustrée par l’affaire des « filles de Grenoble ». Une délinquance nouvelle s’est construite sur la base du trafic de la drogue et du contrôle de sa distribution. Elle a été portée par de nouveaux criminels issue des zones pauvres, les banlieues. Ces dernières années elle s’est traduite par des règlements de compte. La réussite de ces groupes tient à la forte demande de diverses drogues illégales dans la population. La France est en haut du tableau européen en termes de consommation de cannabis, en particulier. Il est nécessaire de réfléchir aux moyens de limiter la demande.
2.       Pourquoi le maire de Grenoble cristallise autant la colère des habitants alors que l’on sait bien que la sécurité est une compétence régalienne ?
Les citoyens ne connaissent pas nécessairement les compétences des élus. Et le maire est le responsable politique le mieux identifié, avec le président de la république: c’est lui qui est spontanément pris à parti. Il reste qu’en France la sécurité est, juridiquement, l’affaire de l’Etat central. L’essentiel des forces est national: la police pèse 140.000 personnels, la gendarmerie 100.000, soit 240.000. La police municipale c’est 20.000 agents pour toute la France, soit moins de 10%. On pourrait d’ailleurs imaginer de changer cela, mais pour l’instant c’est ainsi.

3.       Les élus ont-ils une marge de manœuvre en matière de sécurité ?
Oui, tout à fait. Les élus locaux peuvent développer leur police municipale ou non, leur système de surveillance, mobiliser les habitants, peser sur le préfet. Il est possible de spécialiser les unités de police municipale. Tout cela a évidemment un coût, financé par l’impôt local. Et, on le voit, dans les faits certains élus se mettent en avant dans la posture du responsable de la sécurité, en particulier dans des grandes villes du sud de la France. Il est donc compliqué pour tout un chacun de savoir ce qui est la compétence du maire, ou du gouvernement central.
4.       Le gouvernement prévoit de revenir à la police de proximité, qu’en pensez-vous ? Ne faut-il qu’une réponse du tout sécuritaire ?

La police de proximité ou de sécurité quotidienne est une nécessité. Il faut savoir que le niveau de satisfaction des citoyens pour la police en France comparativement aux pays du Nord de l’Europe, très faible et insatisfaisant. On peut donc faire bien mieux. L’idée forte dans cette nouvelle police, c’est d’être attentif aux besoins des citoyens, et des élus locaux, de manière à ce que les priorités policières soient bien en phase avec cela. Et d’éviter les bavures: on fait une meilleure police dans un quartier qu’on connait bien, fut-il difficile. Cette réponse n’est d’ailleurs pas moins sécuritaire, la police de proximité française ayant la caractéristique d’avoir un volet d’enquête, d’investigation. Mais elle accroit la confiance. C’est essentiel.

 

« La police de proximité n’a un sens que si la police rend des comptes localement ».

Interview réalisée par Julie Clair-Gobelet Journaliste à la Gazette des communes, Club Prévention Sécurité

Le ministre de l’Intérieur a annoncé le 15 août la mise en place de la police de la sécurité du quotidien « dès la fin de l’année ». Pensez-vous que cela soit réalisable ?

Le candidat Macron s’est engagé à faire cette réforme pendant la campagne. Il a donné un certain nombre de clés dans son programme. Tous ces éléments étaient présents, mais comme de manière disparate. On y retrouve les ingrédients classiques de la police de proximité : l’ancrage local de la police, la confiance de la population, l’articulation avec d’autres acteurs et la prévention.

Un tel projet est nécessaire, et très ambitieux. Je ne pense pas que l’on puisse prendre l’annonce de Gérard Collomb au pied de la lettre. Des segments vont certainement être lancés : des éléments de doctrine, avec un texte qui ne sera pas une simple liste de mesures, des propositions sur son suivi-évaluation, sur la relation avec les maires et avec la population. Et, probablement des tests dans certaines zones.

Mais la réforme ne peut pas être terminée en six mois, car elle a de très nombreuses implications en matière de formation, de réorganisation territoriale, de mutualisations police-gendarmerie pour absorber une partie des surcoûts…

Par quoi le ministre de l’Intérieur devrait-il commencer pour réussir cette réforme ?

C’est d’abord une bataille d’idées qu’il faut livrer qui va se gagner ou se perdre politiquement, pas au plan de l’application qui se fera progressivement et avec des essais-erreurs et donc des ajustements.  Les conservateurs parmi les syndicats de police ou l’opposition sont déjà montés au créneau. Il faut donc trouver des appuis chez les policiers et dans la haute fonction publique. Pour cela il est nécessaire de convaincre sur le fond avant de préciser la stratégie et le calendrier. Les mots clés sont pour moi « police de qualité » et « égalité devant la police ».

Entre 1997 et 2001, la bataille de la police de proximité a été perdue par le Parti Socialiste dans l’opinion et les médias et non sur le terrain. Jospin et Chevènement n’ont pas su convaincre. Des erreurs pratiques ont également été commises, notamment concernant la taille des découpages territoriaux. Quand on découpe le territoire en trop petits secteurs, il y a trop d’implantations immobilières et des problèmes de gestion des personnels. Si au contraire on crée de trop gros, on n’arrive pas à trouver l’interface avec la population. La difficulté est donc de trouver la bonne échelle.

L’évolution de la relation entre police et élus locaux est-elle une condition essentielle de réussite ?

La police de proximité n’a un sens que si la police rend des comptes localement. La rendre plus proche du terrain ne consiste pas seulement à mettre des agents qui patrouillent, mais à l’articuler aux priorités locales, à déterminer son action par rapport à elles, et à lui faire expliquer son action. Si la police de proximité consiste à recevoir des ordres de Paris, des directives nationales, ce n’en est pas une et elle est alors vouée à l’échec.

Il faut absolument trouver les modalités pour faire évoluer la relation avec les élus locaux, mais aussi avec la population. Le partage d’information a progressé ces dernières années, mais si l’on veut réussir il faut aller plus loin, avec une obligation légale à prendre en compte les préoccupations locales et des mécanismes pour prendre en compte les priorités, les attentes et la satisfaction des usagers.

Quels sont les moyens nécessaires ?

Changer les implantations immobilières demande des moyens. Il faut choisir un niveau de quadrillage du territoire pas trop serré. En 1997, les maires avaient été mis à contribution pour beaucoup d’infrastructures. Le partage des coûts avec les élus locaux est une piste. Mais, on peut aussi penser à utiliser la technologie pour que les agents aient leur bureau dans leur poche et aillent à la rencontre des usagers.

Il faudra bien faire des économies dans la police, comme ailleurs. La tendance à l’augmentation continue du budget n’est pas tenable. Il faut regarder l’organisation des services eux-mêmes pour trouver des économies.

Le maire de Sevran, Stéphane Gatignon, a proposé de fusionner polices municipales et nationale. Cela peut-il être une solution pour réussir la police de proximité ?

Il est difficile de faire la police de proximité avec les forces de l’État uniquement. Si maintenant on veut fusionner forces d’État et forces locales, c’est un second chantier. Comment traiter les communes qui n’ont pas de police municipale ? Comment intégrer les deux chaînes de commandement, municipale et préfectorale ?  Quel mécanisme de gouvernance mettre en place ? C’est très compliqué. C’est une proposition qui mérite d’être discutée, mais qui ouvre sur un océan d’interrogations.

Comment analysez-vous le changement d’expression, de « police de proximité »  à « police de la sécurité du quotidien » ?

Les conseillers d’Emmanuel Macron ont sans doute trouvé plus confortable de ne pas reprendre le terme de police de proximité qui est associé à l’expérience de la gauche et ont préféré prendre un terme neutre, moins connoté.

C’est dommage de ne pas mobiliser la marque « police de proximité ». Il aurait été préférable de reprendre ce terme que tous les Français comprennent, auquel ils sont très majoritairement attachés, comme on le voit dans de nombreux sondages, tout comme les élus locaux.

Pensez-vous que, contrairement à l’expérience menée de 1997 à 2001, cette police de proximité peut réussir ?

Je crois que le président de la République a besoin de réussir cette réforme, de montrer qu’il est capable de réformer l’Etat. Le modèle actuel de police est dépassé, il a montré ses limites. De plus, une différence notable par rapport à 1997 est la prise de conscience de l’enjeu de la discrimination ethnique par la police, et le fait qu’Emmanuel Macron l’ai abordé sans fard pendant la campagne.

Nous savons que nous pouvons faire beaucoup mieux en regardant la police dans les pays voisins. J’ai envie d’y croire.

Pour le sociologue Sebastian Roché, le retour à une police du quotidien se fera au prix d’une bataille idéologique

Police : « La perte de contact avec la population est patente »

Sebastian Roché est directeur de recherche au CNRS et auteur de « De la police en démocratie » (Grasset, 2016) et « Police de proximité » (Seuil, 2005).

LE MONDE | 19.08.2017 à 10h17 |Par Julia Pascual

Quinze ans après l’abandon de la police de proximité, son retour est-il devenu incontournable ?

Il y a une constante préférence des élus locaux et de la population pour la police de proximité. Mais, un choix clivant a été fait par Jacques Chirac et Nicolas Sarkozy de s’en détourner pour des raisons électorales. S’appuyant sur certains syndicats de policiers, ils ont mis l’accent sur l’identification des auteurs une fois les délits commis, reléguant service à la population, prévention et partenariat à un statut subalterne.

La gauche, tétanisée par la rhétorique sarkozyste et sa victoire à l’élection présidentielle de 2007, n’ose plus toucher le sujet. Même après la victoire de F. Hollande en 2012. Puis, la menace terroriste accapare la place Beauvau. Mais, la proximité réintègre en force en la campagne de 2017. Policiers et gendarmes sont revenus d’une polarisation excessive sur la réponse judiciaire et « l’efficacité » mesurée par des taux d’élucidation et le nombre de délits. Parallèlement, la police est sur le grill : avec les téléphones portables et les médias sociaux, les affaires mettant en cause des agents sont publiques. L’usage de la force est questionné lors d’opérations de maintien de l’ordre ou avec les contrôles au faciès dans les banlieues. La perte de contact avec la population est patente. L’idée que le lien de confiance police-population ne doit pas être négligé gagne à nouveau du terrain.

On retrouve dans le programme d’Emmanuel Macron les mots-clefs de la police de proximité. L’idée de prévention, de partenariat, d’adaptation aux besoins locaux et de confiance.

Quelle forme peut prendre la police dite de sécurité du quotidien voulue par M. Macron ? 

La réflexion du gouvernement sur le sujet ne semble pas encore ficelée. Que va-t-on choisir comme échelle géographique de proximité pour l’organisation de la police, changer dans le rapport aux élus locaux ou à la population ? Comment augmenter le devoir des policiers de rendre compte aux élus locaux, prendre en compte les priorités exprimées par les usagers, et faire de leur satisfaction un indicateur de performance ? On ne peut ignorer la lutte contre les discriminations ethniques. Ce sont des questions lourdes.

Le modèle français de police de proximité repose sur l’idée de remplir toutes les fonctions de police à un niveau plus proche des usagers. L’idée centrale est que le changement d’échelle favorise des liens directs avec les agents ; que leur meilleure connaissance du terrain permet de prévenir la délinquance, d’éviter les confrontations. In fine, ce qu’on peut attendre, c’est d’améliorer la qualité de la police, de la relation police-population, et une baisse modérée de la délinquance. La proximité n’est pas une baguette magique. Elle implique un nouveau mode de gouvernance local associant usagers-maire-préfet.

Ne risque-t-il pas d’y avoir des résistances en interne ? 

Un affrontement idéologique va avoir lieu entre ceux qui limitent la fonction de la police à l’interpellation et ceux qui ont une vision plus moderne et complète, qui inclut la qualité de service, la prévention et le partenariat. Je ne vois pas comment on échapperait à cette ligne de clivage.

Une partie de la droite pense que les sanctions sont la seule façon de diminuer la délinquance. Néanmoins, dans les années 1970, s’est développée aux Etats-Unis et en Europe l’idée d’une police qui contribue à la cohésion sociale, en partenariat avec d’autres acteurs locaux. Ceux qui décrient cette approche n’ont aucun élément de preuve sérieux à lui opposer. Souvenons nous qu’un consensus gauche/droite a existé entre 1995 (avec Charles Pasqua au ministère de l’intérieur) et 2001. Puis Nicolas Sarkozy et Manuel Valls ont fait machine arrière.

C’est cette bataille d’idées au sommet de l’Etat que M. Marcron devra avant tout gagner. Si M. Macron n’est pas convaincu et ne convainc pas, il va avoir bien du mal à faire face aux résistances parmi les policiers, et dans l’opposition. L’enjeu prioritaire est de se doter d’une boussole et de savoir défendre ses idées. C’est peu dire qu’on attend de les connaître avec plus de précision.

Police de sécurité quotidienne, police de proximité: de quoi s’agit-il ?

Le Président Macron a promis une police de sécurité quotidienne, variante de la police tournée vers les citoyens aussi nommée police de proximité, police de quartier et dans les pays anglo-saxons police orientée vers la communauté.

De quoi s’agit-il ? Une telle police a pour fondation des principes généraux (ou une « vision »), qui sont souvent déclinés de manière distincte d’une ville ou d’un Etat à l’autre: confiance, service, transparence. Ces principes sont transposés dans une stratégie organisationnelle.

Faire de la police de sécurité quotidienne, c’est donc modifier l’organisation de la police en fonction de cette finalité. Première conclusion simple: on ne fera pas la police de sécurité quotidienne en ne changeant rien à l’organisation ! La stratégie organisationnelle est à la fois nationale et locale. C’est une particularité de la France et des pays à polices centralisées que ne connaissent pas les promoteurs historique de la police orientée vers la communauté car leurs polices sont régionales ou municipales. Deuxième conclusion: il nous faut raisonner aux deux niveaux.

La police de sécurité quotidienne nécessite donc une « vision » (ce qu’on veut faire) et une « stratégie » (comment on va le faire, et sur quelle durée). Les deux choses auraient intérêt à être décrites précisément dans une doctrine de police. La doctrine porte sur la bonne manière de mettre en oeuvre des principes, ce n’est ni une loi générale, ni un règlement d’emploi, très précis, fixant par exemple les conditions de travail.

La vision contient en général les éléments suivant: une volonté de gagner la confiance de la population, ce qui se fait en augmentant la transparence de la police (sur ce qui va bien et aussi moins bien, et notamment l’inégalité devant la police, l’usage de la force), et en tournant la police vers les besoins des habitants et usagers (ce qui suppose de les connaître, et donc de les mesurer) besoins qui varient suivant les territoires. Ceci implique une seconde notion, celle de décentralisation.

La stratégie locale doit inclure la conception puis la mise en oeuvre de mécanismes locaux pour augmenter la confiance (la couverture du territoire, la « fidélité » des agents à un même territoire) et la satisfaction en raisonnant en terme de service rendu (le travail de police est fait d’un ensemble de tâches et processus dont il faut savoir la qualité), et la redevabilité de la police vis-à-vis du niveau local (à la fois les élus et les populations). L’efficacité à réduire les troubles et les délits est un élément d’une stratégie plus globale qui vise à la qualité de la police (service, égalité), il n’en est plus la pierre de touche sans devoir être négligé. C’est ici que le basculement culturel est important chez les professionnels. L’enjeu déborde donc largement la question des patrouilles pédestre, de « l’ilotage », même si ce point fait partie des pratiques nécessaires. Il faut organiser les commissariats et les gendarmeries péri-urbaines pour être capable de développer ces pratiques nouvelles ou de les consolider: leur implantation dans l’espace, les processus internes de division du travail; la compétence des agents.

La stratégie nationale doit permettre de fixer le cadre de la doctrine, un point essentiel car il en va de la fabrication d’une sorte de compas pour s’orienter, d’expérimenter le modèle pour apprendre du terrain et de faire les retour d’expérience avec les professionnels et les les usagers locaux. Elle doit aussi se traduire au plan organisationnel: il faut construire les services centraux nécessaires à s’assurer de la performance (conçue comme recevabilité et qualité du service, réduction des désordres), à leur suivi et leur évaluation. Cette tâche ne se confond pas avec celle des inspections. Elle est plutôt assimilable à une direction de la qualité de la police et de la gendarmerie rattachée au Ministre.

C’est dire que la police de sécurité quotidienne ne se résume pas à des petits aménagements locaux, quelques réunions partenariats saupoudrées ici ou là et plus de patrouilles à gauche et à droite (on ne dit plus à gauche ou à droite, n’est-ce pas !).

Macron et la police : le rendez-vous historique. En Marche vers un renouvellement profond de la philosophie qui sous tend les politiques policières !

Le big bang politique que M. Macron a provoqué en gagnant l’élection présidentielle, une conséquence de son inscription entre ou en dehors des partis politiques existants, va-t-il se traduire par un second big bang au plan des politiques publiques, c’est-à-dire dans ce que les administrations d’Etat sont en mesure d’offrir aux citoyens, à leurs usagers ? Et plus particulièrement, quels changements M. Macron va-t-il pouvoir enclencher dans le domaine de la police, des politiques policières, i.e. de la manière dont les polices travaillent et prennent en compte les attentes des usagers ?

Le programme de M. Macron en matière de police n’était pas particulièrement riche. Mais on y distingue clairement deux aspects : d’un côté la lutte contre le terrorisme, de l’autre la « sécurité quotidienne ». Concernant la première, le président a souhaité immédiatement donner des gages publics de son engagement avec le projet de loi sur le terrorisme consistant à faire entrer nombre de dispositions de l’état d’urgence dans la loi ordinaire, provoquant une discussion houleuse sur le respect de l’état de droit. Je ne considère pas ici les questions relatives à son efficacité réelle et sa mesure. Il reste que, politiquement, cette discussion renforce son positionnement pragmatique et déterminé. Elle lui assure aussi de pouvoir s’engager dans le second volet de son programme, la « police de sécurité quotidienne ».

Le programme de M. Macron se présente d’une manière fragmentée sur la question de la sécurité quotidienne. Il s’agit d’un ensemble d’éléments de langage plus que d’un programme d’action ou de propositions précises dont on verrait aisément comment les mettre en œuvre. Est-ce le fait d’un programme bouclé à la hâte ou bien d’une volonté de se laisser des marges de manœuvres ? Difficile à dire. Du point de vue des propositions pratiques et techniques, le programme est décevant (cf. précédent post).

Cependant, j’ai repris le programme, ou plutôt les morceaux de programme du point de vue des principes qu’ils contiennent, où, me semble-t-il, on peut mieux discerner ce que le candidat président voudrait faire, sa philosophie. En effet, on ne peut guère imaginer que M. Macron étant donné son itinéraire soit familier avec les rouages de forces de police, du volet pratiques. Il se révèle que les principes généraux de lecture appliqué à la police et la gendarmerie sont intéressants, très intéressants même. Ils sont en réalité moins disparates qu’il n’y paraît à première vue. Ils proposent une vision sous-jacente de la mission des forces de l’ordre. Ils laissent place à l’espoir qu’un changement profond peut être engagé par le gouvernement en matière de politique policière. Cette vision du changement a une épine dorsale.

Le programme se compose, selon ma lecture, d’un diagnostic, puis il dégage des outils de deux types (internes et externes) à mobiliser. Je m’intéresse ici uniquement au diagnostic, car il contient le cœur de la vision de la réforme nécessaire. Quel est cœur ? Dans son diagnostic de la situation, M. Macron souligne par ses propositions qu’il a vu les manques et déficits, les besoins de réorientation de la politique policière, même si on les saisi en creux, c’est-à-dire par la formulation de principes positifs de correction. C’est encourageant. D’abord on lit que la police et la gendarmerie devront « entendre » (connaître la demande est essentiel pour s’y ajuster) la population. Ensuite, on découvre que « la confiance » (un terme tout sauf anodin) dans les quartiers pauvres a baissé. Enfin, on apprend que des « pratiques abusives » existent en matière de contrôle d’identité. L’air de rien, ou presque, ces annonces, si elles devaient inspirer une politique policière corrective, seraient tout à fait révolutionnaires. En effet, le système de police français ne connaît pas la notion de confiance, qui est pourtant consubstantielle à la légitimité des institutions et de la police elle-même. Orienter la police vers le fait de gagner la confiance serait franchir un pas dans sa modernisation, se mettre dans la trace des démocraties européennes les plus avancées. La reconnaissance des difficultés à faire une police de qualité dans les zones pauvres, et du mauvais usage des contrôles ainsi que de leur caractère discriminatoire (voir son interview vidéo pour Médiapart sur ce point), est également très prometteuse : il ne s’agit pas simplement de dire qu’il y a plus de délinquance de rue en lien avec la pauvreté et la relégation, mais que la police doit travailler autrement. La reconnaissance des biais ethniques et de la difficulté à policer des villes globales manquait singulièrement lors du mandat précédent, immédiatement écartées de l’agenda par le ministre de l’intérieur de l’époque, M. Valls, après l’élection de M. Hollande. Les remettre sur la tapis est simplement essentiel. Comment des forces qui font appliquer la loi peuvent-ils renforcer les normes partagées si elles sont inéquitables ? La question sera de savoir comment rendre cette recherche d’égalité active et ne pas se couvrir par les interdictions formelles de l’inégalité dans la loi pour éviter tout changement des pratiques. Comment améliorer la relation police-population sans recherche la qualité dans le service, et donc la connaissance des besoins ? Ce ne serait pas praticable. Rien n’est joué donc, mais la partie est bien engagée au plan des idées.

Au total, police et gendarmerie doivent écouter, contrôler autrement, sans oublier de protéger. Rien de révolutionnaire dira-t-on. Il ne faut pas se méprendre. Ce qui est notable, ici, c’est la juxtaposition des termes dans un même ensemble de propositions : gagner la confiance et protéger sont les deux faces de la même pièce, et en conséquence M. Macron n’oppose pas une police molle qui chercherait à être gentille avec la population avec un police dure supposée efficace pour protéger. Il a saisi qu’en démocratie la confiance est l’efficacité même. Il a compris que pour refonder la police il faut plus généralement interroger la relation entre gouvernants et gouvernés qui guide les pratiques des organisations est des agents. Etre tourné vers le service au citoyen, être égalitaire. Tel est l’enjeu d’une police moderne ancrée dans un régime démocratique.

Si telles sont vos lignes de réflexion M. Le Président, si elles guident la formulation des politiques publiques sur le terrain, elles pourraient bien orienter la France vers le peloton de tête des pays démocratiques en matière de qualité de la police et de contribution de la police à la cohésion sociale. En marche donc, sans précipitation mais avec détermination et suivant le compas contenu dans les propositions cœur du programme. Car, finalement, M. Macron sera jugé sur sa capacité à organiser et impulser le changement, y compris dans le domaine de la sécurité quotidienne. Faire « comme avant » en améliorant à la marge quelques processus de travail n’est pas une option viable. Il faut que le citoyen et l’usager puissent toucher du doigt la traduction pratique de cette nouvelle philosophie des relations entre gouvernants et gouvernés, entre police et population. En marche vers une politique policière rénovée !

Emmanuel Macron, pourquoi ne voulez-vous rien changer en matière de police ?

Emmanuel Macron est un candidat animé d’un dynamisme fort, porteur d’un projet tardivement exprimé il est vrai, et parfois présenté de manière confuse, mais dont les contours se sont progressivement affirmés : il est européen convaincu, porteur d’une vision ouverte de la France et de la laïcité, libéral en termes économiques au nom de l’efficacité, et décidé à refonder en grand le système fragmenté des retraites et le rendre plus juste, à orienter les dispositifs de formation pour redonner des chances de se qualifier à ceux qui ont perdu leur emploi. Je m’arrête là.

Le point le plus mystérieux, et même incompréhensible par rapport à sa volonté de rénovation, est son conservatisme en matière de police et de justice.

Comment ne peut-il rien proposer d’original, pas pour la posture, mais d’original pour réformer ce qui va mal sur ces sujets ? Par quel mystère peut-il n’avoir rien à dire d’autre qu’à annoncer des créations de postes, de place de prison et faire une référence maigre – mais qui pourrait être une graine bonne à faire germer, à la police du quotidien. Sans doute son enfance à Amiens et sa trajectoire liée au monde des entreprises l’on tenu à l’écart des vicissitudes policières. Mais enfin, M. Macron, vous avez bien la télévision et un téléphone mobile. Vous avez donc une idée, peut-être, que là aussi il y a des défis à relever.

Soucieux de l’égalité, et soucieux d’unité du pays, comment n’avez vous rien à dire de l’inégalité devant la police, inégalité des zones pauvres des villes, inégalité des personnes suivant leur origine ethnique? Soucieux de l’efficacité, comment ne vous interrogez vous pas sur les finalités de la police et de la justice, de leur capacité à faire exister l’égalité devant loi, et à contribuer à la sécurité des personnes? Soucieux de tourner le service public vers les citoyens, comment n’avez vous pas intégré cela dans votre approche de la sécurité du quotidien, en précisant ce qu’il y a derrière ce mot étendard?

Pourquoi rester sur les positions confuses concernant la dépénalisation du cannabis, et ne pas trancher plus nettement en recherchant l’efficacité : arrêter de dépenser pour rien l’énergie et l’argent du système pénal pour traiter la consommation (une approche qui n’a aucun effet sur les volumes consommés) et chercher à limiter les trafics illégaux (même partiellement), et ainsi couper l’herbe sous le pied des trafiquants. Pourquoi vouloir dépenser plus pour construire 15.000 places de prison, une méthode ruineuse qui interdit une re socialisation efficace des détenus car les moyens ne sont pas extensibles à l’infini. Il est pourtant plus sur pour la société d’avoir moins de prisonniers dont on améliore la réinsertion grâce à des moyens suffisants durant leur détention, que plus de prisonniers qui ressortent tels qu’ils sont entrés, ou qui n’ont rien à faire en prison. Poser, là encore, la question des finalités recherchées par les politiques publiques se révèlerait fort utile.

Pourquoi ne pas réfléchir aux finalités de la police, à la manière dont elle pourrait évoluer pour, enfin, satisfaire les attentes des usagers et gagner la confiance des citoyens, pourquoi ne pas proposer les grandes lignes d’une stratégie de reconquête de la légitimé policière, et rechercher comment créer les formes institutionnelles de consultation de la population des usagers ? Plus d’agent pour faire de bonnes choses, c’est bien, mais pour en faire de mauvaises, ce n’est pas une solution. Par pitié, quel intérêt de créer 10.000 postes de policiers dans un pays qui en a plus que la plupart des autres, sans avoir précisé le « business model » de la police auparavant ! Pourquoi ne pas poser sur la table la question de l’inégalité devant les contrôles d’identité, qui ont pourtant prouvé leur inefficacité en matière d’élucidation des délits, mais révélé leur effet délétère sur la confiance, la faisant fondre comme neige au soleil ? Et ouvrir, enfin, la voie vers un contrôle externe de la police, comme les autres démocraties avancées d’Europe (regardez vers les pays nordiques, M. Macron).

Police, justice, où sont vos propositions, M. Macron ? Où est l’alternative à la gauche version hollandaise qui a trahit ses promesses, oublié le problème de la discrimination et choisi la facilité politique de la construction de plus de places de prison ? Mais aussi à la version de l’extrème-droite dont le simplisme n’a d’égal que les risques d’aggraver les tensions et les problèmes ? Il n’est pas trop tard pour rechercher à conjuguer l’efficacité et la justice dans ces domaines également.

Négation par l’Etat du problème des contrôles discriminatoires

Le sociologue Sébastian Roché, qui a observé les différences de traitement des habitants en fonction de leurs lieux de vie, pointe la négation par l’Etat du problème, central, des contrôles discriminatoires. Interview.

L’Obs.  Publié le 10 février 2017.

Un état des lieux de la police française et de sa relation avec la population : c’est ce que dresse le sociologue et directeur de recherche au CNRS Sébastian Roché dans son dernier ouvrage, « De la police en démocratie »*. Il y analyse l’affaiblissement du sentiment de légitimité des policiers, et leurs comportements dans les quartiers défavorisés. Une semaine après l’interpellation à Aulnay-sous-Bois du jeune Théo, pénétré à l’anus par une matraque, et les mises en examen de quatre policiers dont un pour viol, « L’Obs » l’a questionné.

La violence de cette interpellation est d’une gravité telle… Comment a-t-on pu en arriver là ?

La méfiance et l’hostilité structurelles des policiers vis-à-vis des habitants des zones les plus pauvres et des minorités explique une partie du phénomène. Mais pas le degré de violence dans ce cas précis, qui pourrait s’expliquer, également, par la personnalité des policiers impliqués -ou encore leur insuffisante maîtrise- au sujet desquels nous disposons pour l’instant de peu d’éléments. Ce qui est certain, je l’ai observé avec des études statistiques nombreuses et lourdes, c’est que cette hostilité récurrente police-minorités est réelle en France, connue, et que personne au sommet de l’Etat ne s’en occupe. C’est un vrai mystère.

Qui n’est pourtant pas nouveau…

Effectivement. C’est aussi le problème. Et un enjeu très important dans le sens où il constitue une rupture d’égalité, une rupture démocratique : tout le monde n’est pas traité de la même manière. Les services de police ne sont pas rendus de la même façon et le traitement des individus n’est pas le même dans les quartiers aisés et dans les banlieues.

Ce n’est pas « juste » un problème de quelques agents qui auraient mal agi. La question est la suivante : comment fait-on fonctionner la police dans une démocratie ? Le problème, délaissé bien que connu, empire, enkysté. Par moment, des choses d’une gravité plus forte se produisent, comme jeudi dernier, et, logiquement, attirent l’attention des médias et de tous. Mais c’est cette insuffisance structurelle qui engendre la possibilité que cela se produise.

Ces policiers appartiennent à une BST, brigade spécialisée de terrain, que Brice Hortefeux a mis en place en 2010 à la fin des UTeQ (unités territoriales de quartier), symboles d’une certaine police de proximité.

La vraie police de proximité était caractérisée par le fait qu’elle était fidélisée sur des territoires, avec des agents qui connaissaient bien leur public, les familles, et n’avaient donc pas besoin d’interpeller pour rien. Là, quel est le motif, finalement, de cette interpellation ? Pourquoi contrôler l’identité, c’était inutile. Mais je ne pense pas que le fait que ces policiers soient affectés à une BST soit directement lié au problème.

Le maire d’Aulnay-sous-Bois Bruno Beschizza (LR), a dit sur « FranceInfo » qu’il faudrait, entre autres, « fidéliser les policiers, trop jeunes et qui s’en vont trop rapidement ».

Le problème se situe aussi au niveau de la composition de ces équipes. Nous avons observé que les policiers jeunes sont plus impulsifs, davantage dans l’idée d’une confrontation de personne à personne, allant même parfois jusqu’à provoquer cette confrontation. Ce n’est pas la majorité. Dans deux tiers des cas, des incidents provoquent la colère des policiers. Dans le dernier tiers, ceux-ci déclenchent des interactions hostiles par leur comportement.

Ils vont dire qu’ils ont entendu quelqu’un les siffler ou vu quelqu’un les regarder de travers alors qu’ils patrouillaient lentement en voiture, vont descendre du véhicule, aller au contact physique, et même demander à un groupe de jeunes s’ils veulent se battre.

A quelles situations faites-vous référence ?

Je me base que sur les observations que nous avons menées et que je rapporte dans mon livre « De la police en démocratie »*. Il ne s’agit ni de déclarations ni de témoignages rapportés, mais de plusieurs centaines d’heures passées avec les policiers à observer, dans des voitures, le comportement de plusieurs types d’unités dans plusieurs villes de France. Les policiers, les jeunes de cité aussi d’ailleurs, ont une vision de leur action comme étant une confrontation. Mais chez les jeunes policiers cette approche est modulée par les anciens, les brigadiers, les majors, qui ont plus d’expérience, de savoir-faire, de distance, et modulent l’interaction, trouvent le moyen de désamorcer la crise, par l’humour par exemple, en changeant l’angle d’approche du contrôle.

Ils ne se laissent pas prendre par une dynamique d’intervention « chaude ». Mais encore faut-il qu’ils soient présents. L’autre problème, très important et récurrent, est la discrimination dans le ciblage, et le sur-ciblage des minorités. Les études le montrent mais le ministère de l’Intérieur ne le reconnaît pas. On le dit, mais ça n’existe pas officiellement. Et il ne peut y avoir de solution à un problème qui n’existe pas…

L’Etat a tout de même été définitivement condamné, en novembre dernier, pour des contrôles discriminatoires.

Oui, mais après une première condamnation l’Etat, sur décision du Premier ministre, s’est pourvu en cassation. C’est très significatif de la non-reconnaissance par le gouvernement.  Le Défenseur des droits dit que c’est un problème, la justice aussi, mais le ministère ne le reconnaît pas comme tel.

D’où l’absence de plan d’action. Où est la stratégie française, au ministère de l’intérieur, de lutte contre la discrimination ?

François Hollande s’était bien engagé à lutter contre les contrôles au faciès, mais la délivrance d’un récépissé n’a pas même été validée. 

On était pourtant loin d’une stratégie. Ce n’était qu’un élément, facile à mettre en oeuvre, qui aurait envoyé un signe minimum disant qu’on s’intéresse au problème. Mais non. Cette négation du problème fait qu’il persiste. Qui vit cette tension ? Les policiers qui par moment se font attaquer, régulièrement caillasser. Et leurs « adversaires », typiquement les jeunes de cité d’origine maghrébine, qui vont entrer en conflit avec eux et qui, par moment aussi, vont se faire tabasser.

Que révèlent vos études sur les contrôles d’identité ?

Nous avons voulu mesurer le niveau d’hostilité. En France, la fréquence des contrôles est environ trois fois supérieure pour les jeunes d’origine maghrébine -c’est dix fois plus dans les gares parisiennes selon les travaux de mes collègues. Lors des contrôles, l’agressivité de la police est trois fois plus importante quand les contrôlés ne sont pas blancs.

C’est très net. Nos enquêtes portent sur 22.000 adolescents. Nous les menons depuis 10 ans, on les sophistique au fil du temps, et on a notamment comparé la France à l’Allemagne, où les policiers n’agissent pas ainsi. Il est donc possible de faire autrement.

Comment procèdent les policiers allemands ?

Déjà, là-bas, la fréquence des contrôles des jeunes d’origine turque -la principale minorité en Allemagne- est la même que les jeunes d’origine allemande. La police mène une réflexion sur le sur-contrôle et ses effets négatifs, forme ses agents dans ce sens. Concernant l’action, c’est très frappant : les agents eux-mêmes sont conscients des efforts qu’ils doivent fournir pour éviter de stigmatiser. On appelle cela la réflexivité. Quand ils s’apprêtent à contrôler, ils se demandent si ce contrôle est vraiment utile, s’ils ne peuvent pas obtenir autrement les renseignements qu’ils recherchent.

Ils ne l’utilisent pas comme un outil de confrontation ou de démonstration de force. Un policier est par exemple en contact avec les travailleurs sociaux, les commerçants… Il est en outre dans une approche où il va essayer de convaincre le contrôlé du bien-fondé de ce qu’il fait. En France on se dit « la loi nous permet de contrôler, contrôlons ». Là-bas, il y a une stratégie, une réflexion sur la manière d’agir afin de ne pas détruire la confiance des minorités. C’est tout à fait différent.

Un de vos confrères nous disait en octobre 2015, 10 ans après les morts de Zyed et Bouna à Clichy-sous-Bois, qu’au niveau des relations police-population « rien n’avait changé », qu’elles étaient « toujours aussi mauvaises ». Un tel événement ne peut qu’ajouter de la défiance à la défiance…

Ce qui est certain, c’est que les relations sont mauvaises, et qu’un tel événement, par sa gravité, fait penser que tous les policiers sont potentiellement racistes ou très violents, même si ce n’est pas le cas. C’est ce qui a été immédiatement dénoncé sur les murs de la cité. On risque donc, évidemment, de renforcer la relation d’hostilité. Ensuite, actuellement, avec la sécurisation par les CRS et autres forces mobiles, on risque qu’un autre incident se produise.

Des policiers ont tiré en l’air à Aulnay. Et si quelqu’un avait été touché par une balle qui aurait rebondi au sol ? Pour l’instant, l’autorité politique gère bien, le maire est très apaisant. C’est inattendu, mais positif. Il a été syndicaliste policier très longtemps, et était alors dans une posture vraiment plus dure… Il exprimait la vision de la police, était dans la négation du problème. Il est maintenant élu local et ne peut pas ignorer les doléances d’une population qui vote. C’est évidemment différent.

Le maire d’Aulnay a également déclaré qu’il souhaitait, entre autres, développer les caméras piétonnes pour plus de « preuves matérielles ». Mais ces caméras, apposées sur l’uniforme du policier, en cours d’expérimentation, ne doivent-elles pas être déclenchées au bon vouloir de ceux qui les portent ?

C’est à ma connaissance en cours de discussion. C’est en tout cas un élément qui peut rendre beaucoup plus difficile la dissimulation de preuves. Jusque-là, les témoignages des policiers ayant plus de valeur juridique dans une cour de justice, ils pouvaient mutuellement se conforter, plusieurs personnes assermentées témoignaient face à un juge.

Ces caméras ne seraient intéressantes que si elles étaient en permanence allumées, non ?

Pas forcément. Une étude publiée par des collègues britanniques menée aux Etats-Unis et en Grande-Bretagne montre que même lorsque les policiers déclenchent eux-mêmes les caméras, les tensions diminuent. C’est de toute façon un bon point de départ. Mais quoi qu’il en soit ces caméras n’ont pas la capacité technique d’enregistrer en permanence.

Dans son témoignage, Théo explique avoir fait en sorte, durant l’interpellation, de se déplacer de manière à apparaître dans le champ d’une caméra. Ça en dit long. Des habitants disent craindre la police, changer de trottoir quand ils l’aperçoivent. Beaucoup témoignent de mauvais traitements quasi quotidiens, disent être habitués aux insultes et gestes non appropriés.

C’est certain. L’essentiel des violences n’ont pas cette teneur. Les relations sont très dégradées, c’est un fait.C’est aux responsables politiques de prendre la parole et de dire « Nous voulons une police qui traite également tous les citoyens », et de dire aux directeurs généraux de la police et de la gendarmerie « Nous voulons que vous mettiez en oeuvre une politique d’égal traitement et que vous nous rendiez des comptes ».C’est cela que l’on attend. Une réelle volonté. Mais les hommes politiques hésitent à reconnaître la situation pour l’améliorer. Ils préfèrent la laisser se détériorer.

Entre la police et les jeunes de banlieue, la défiance est mutuelle

Le Figaro Par Edouard de Mareschal Publié le 09/02/201.

INTERVIEW – Le sociologue Sébastian Roché explique ces rapports conflictuels par le manque d’expérience de certains policiers placés dans les banlieues tendues, mais aussi par la culture anti-policière très ancrée chez certains jeunes.
L’arrestation violente du jeune Théo et les émeutes qui ont suivi en Seine-Saint-Denis illustrent une nouvelle fois les rapports conflictuels qui prévalent entre les jeunes de banlieue et la police. Dans son ouvrage De la police en Démocratie*, le sociologue Sébastian Roché souligne que dans les zones défavorisées et a fortiori dans la «population minoritaire», la défiance est à son comble.

LE FIGARO.- Dans votre ouvrage De la police en démocratie, vous alertez sur un niveau de défiance inédit dans les relations entre la police et les jeunes dans les quartiers populaires. Comment se manifeste-t-elle?

La police française est jugée par l’opinion, comparativement à ses grands voisins, bien plus inégalitaire: elle servirait mieux les riches et les blancs pour le dire simplement, tel est l’enseignement de l’European Social Survey. La police française a perdu la confiance de larges segments de la population, car il faut savoir qu’en banlieues, la minorité est majoritaire démographiquement parlant. Le problème est que les policiers jouissent de la confiance la plus élevée chez ceux et celles qui ne les croisent jamais et n’ont pas besoin d’eux! Typiquement des cadres retraités dans une petite ville de province. En revanche, dans les zones défavorisées et a fortiori dans la minorité, la défiance est à son comble. Chez ces adolescents, les attitudes hostiles sont mêmes majoritaires! De leur côté, les policiers français se singularisent en Europe par un niveau de méfiance générale pour «les autres» plus élevé que la population d’ensemble, une caractéristique qu’on ne retrouve pas au Danemark ou en Allemagne. Est-ce un problème de sélection, de formation, de management? On ne le sait pas. Mais la défiance est bien mutuelle.

Cette défiance serait-elle le fait de jeunes qui n’acceptent plus l’autorité de l’État, ou de pratiques policières partiales et discriminatoires?

Si l’on veut améliorer les choses, il ne faut pas se contenter de jugements faciles et de slogans à l’emporte-pièce. Il faut disposer d’outils de diagnostic. Et il faut bien reconnaître que le ministère de l’Intérieur ne s’est pas affairé à les fabriquer: il ne dispose pas d’outils de mesure de la défiance, et pas plus de la qualité de la police, et encore moins du caractère discriminatoire des pratiques des politiques et des agents. La volonté d’ignorer un problème ne conduit pas à s’équiper pour le résoudre. Encore un quinquennat pour rien de ce point de vue. Les recherches se développant au niveau européen permettent de combler certaines lacunes. J’ai pu montrer avec un collègue allemand que les pratiques policières ethniquement discriminatoires sont une réalité nette en France mais pas en Allemagne, à partir d’études menées par des observateurs dans les patrouilles de police et à partir de très larges sondages sur différentes agglomérations. Nous avons pris les précautions utiles en termes de méthode pour être certain de la conclusion avant de l’affirmer. Dans le même temps, il ne faut pas être naïf et ne regarder qu’un des termes de la relation. Il existe également une culture anti-policière, un rejet de la collectivité politique française plus marqué chez les jeunes d’origines étrangère en banlieue qui ne s’explique pas seulement par le contrôle, mais qui est lié à leur situation d’exclusion plus générale. C’est cette double réalité qu’il faut accepter de regarder en face.

Pourquoi les brigades de proximité concentrent les critiques des jeunes, qui les accusent régulièrement de dérapages?

Les jeunes en cité savent faire la différence entre les unités. Policiers et jeunes se connaissent dans un bon nombre de cas. Certaines unités sont plus souvent à l’origine de troubles. Dans les grandes villes de province étudiées, les BAC se sont révélées mieux maîtriser les contrôles d’identité, plus souvent capables d’éviter les tensions que les autres unités de voie publique comme les Brigades spécialisées de terrain (BST). C’est sans doute parce que les agents de la Brigade anti-criminalité sont plus âgés, plus expérimentés et également volontaires pour rejoindre ces unités. Les jeunes agents placés en banlieue dans des zones tendues ont souvent peur, manquent de recul pour traiter à chaud les situations, et connaissent insuffisamment les lieux. Dans certains cas, ils provoquent les conflits par leurs paroles agressives, leur posture, nous y avons assisté. Ce n’est cependant pas la majorité des cas. De plus, la tentation de contrôler pour se dire qu’on fait quelque chose est également dangereuse. Il faut plus s’interroger sur sa pratique, et non pas se contenter de savoir si elle est légale. Si le contrôle n’a pas de motivation réelle, sachant qu’il va apporter peu de choses en termes de détection des délits s’il est réalisé au hasard, il génère plus de risques de défiance qu’autre chose. Pourquoi en faire l’alpha et l’oméga de la sécurité publique alors?

À l’issue de votre enquête, avez-vous identifié des pistes pour améliorer les rapports entre la police et les jeunes de quartiers populaires?

Une démocratie ne peut pas se passer d’une police. Tout l’enjeu consiste à savoir quelle police on souhaite. Si l’on veut apaiser les choses, il faut d’abord que cet objectif soit affirmé par les plus hautes autorités politiques. Il convient de créer une direction de la qualité de la police, et une mission de lutte contre la discrimination au ministère de l’Intérieur. Et que les directeurs généraux mettent au point une stratégie et rendent des comptes sur leurs progrès. Il faudra qu’une doctrine (une sorte de mode d’emploi, qui n’est pas dans la loi qui donne des pouvoirs) soit mise au point sur la manière de faire la police des zones défavorisées. Il convient également que l’encadrement au niveau local contrôle l’usage qui est fait des contrôles, fasse des retours d’expérience. On peut déployer les caméras piétons pour filmer les interactions, c’est quelque chose de prometteur. Enfin, la formation doit être adaptée au caractère mutli ethnique des grandes métropoles françaises. La confiance gagnée par ces réformes protégera les policiers plus que les améliorations dans leurs protections et armements.