Emmanuel Macron, pourquoi ne voulez-vous rien changer en matière de police ?

Emmanuel Macron est un candidat animé d’un dynamisme fort, porteur d’un projet tardivement exprimé il est vrai, et parfois présenté de manière confuse, mais dont les contours se sont progressivement affirmés : il est européen convaincu, porteur d’une vision ouverte de la France et de la laïcité, libéral en termes économiques au nom de l’efficacité, et décidé à refonder en grand le système fragmenté des retraites et le rendre plus juste, à orienter les dispositifs de formation pour redonner des chances de se qualifier à ceux qui ont perdu leur emploi. Je m’arrête là.

Le point le plus mystérieux, et même incompréhensible par rapport à sa volonté de rénovation, est son conservatisme en matière de police et de justice.

Comment ne peut-il rien proposer d’original, pas pour la posture, mais d’original pour réformer ce qui va mal sur ces sujets ? Par quel mystère peut-il n’avoir rien à dire d’autre qu’à annoncer des créations de postes, de place de prison et faire une référence maigre – mais qui pourrait être une graine bonne à faire germer, à la police du quotidien. Sans doute son enfance à Amiens et sa trajectoire liée au monde des entreprises l’on tenu à l’écart des vicissitudes policières. Mais enfin, M. Macron, vous avez bien la télévision et un téléphone mobile. Vous avez donc une idée, peut-être, que là aussi il y a des défis à relever.

Soucieux de l’égalité, et soucieux d’unité du pays, comment n’avez vous rien à dire de l’inégalité devant la police, inégalité des zones pauvres des villes, inégalité des personnes suivant leur origine ethnique? Soucieux de l’efficacité, comment ne vous interrogez vous pas sur les finalités de la police et de la justice, de leur capacité à faire exister l’égalité devant loi, et à contribuer à la sécurité des personnes? Soucieux de tourner le service public vers les citoyens, comment n’avez vous pas intégré cela dans votre approche de la sécurité du quotidien, en précisant ce qu’il y a derrière ce mot étendard?

Pourquoi rester sur les positions confuses concernant la dépénalisation du cannabis, et ne pas trancher plus nettement en recherchant l’efficacité : arrêter de dépenser pour rien l’énergie et l’argent du système pénal pour traiter la consommation (une approche qui n’a aucun effet sur les volumes consommés) et chercher à limiter les trafics illégaux (même partiellement), et ainsi couper l’herbe sous le pied des trafiquants. Pourquoi vouloir dépenser plus pour construire 15.000 places de prison, une méthode ruineuse qui interdit une re socialisation efficace des détenus car les moyens ne sont pas extensibles à l’infini. Il est pourtant plus sur pour la société d’avoir moins de prisonniers dont on améliore la réinsertion grâce à des moyens suffisants durant leur détention, que plus de prisonniers qui ressortent tels qu’ils sont entrés, ou qui n’ont rien à faire en prison. Poser, là encore, la question des finalités recherchées par les politiques publiques se révèlerait fort utile.

Pourquoi ne pas réfléchir aux finalités de la police, à la manière dont elle pourrait évoluer pour, enfin, satisfaire les attentes des usagers et gagner la confiance des citoyens, pourquoi ne pas proposer les grandes lignes d’une stratégie de reconquête de la légitimé policière, et rechercher comment créer les formes institutionnelles de consultation de la population des usagers ? Plus d’agent pour faire de bonnes choses, c’est bien, mais pour en faire de mauvaises, ce n’est pas une solution. Par pitié, quel intérêt de créer 10.000 postes de policiers dans un pays qui en a plus que la plupart des autres, sans avoir précisé le « business model » de la police auparavant ! Pourquoi ne pas poser sur la table la question de l’inégalité devant les contrôles d’identité, qui ont pourtant prouvé leur inefficacité en matière d’élucidation des délits, mais révélé leur effet délétère sur la confiance, la faisant fondre comme neige au soleil ? Et ouvrir, enfin, la voie vers un contrôle externe de la police, comme les autres démocraties avancées d’Europe (regardez vers les pays nordiques, M. Macron).

Police, justice, où sont vos propositions, M. Macron ? Où est l’alternative à la gauche version hollandaise qui a trahit ses promesses, oublié le problème de la discrimination et choisi la facilité politique de la construction de plus de places de prison ? Mais aussi à la version de l’extrème-droite dont le simplisme n’a d’égal que les risques d’aggraver les tensions et les problèmes ? Il n’est pas trop tard pour rechercher à conjuguer l’efficacité et la justice dans ces domaines également.

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