Europe 1 social club : suicides dans la police

Europe 1 Social Club,

le débat – Que faire de la police ? – 16/11/2017

http://www.europe1.fr/emissions/europe-1-social-club/europe-1-social-club-le-debat-que-faire-de-la-police-161117-3494762

Frédéric Taddeï, première heure : le débat d’Europe soir sur des sujets d’actualité, met face à face des politiques, des journalistes et des intellectuels que l’on n’entend pas ailleurs.

Sebastian ROCHE Directeur de recherche au CNRS.

Auteur de De la police en démocratie (Grasset, 2016).

Hélène L’HEUILLET Maître de conférences en philosophie politique et éthique à l’Université de Paris-Sorbonne.

Auteur de Tu haïras ton prochain comme toi-même : Les tentations radicales de la jeunesse (Albin Michel, 2017).

Maggy BISKUPSKI Présidente de l’association « Mobilisation des policiers en colère ».

Publicités

Suicide de policiers : derrière le « malaise », une profession particulièrement exposée

Europe1, 17h15, le 14 novembre 2017, modifié à 17h24, le 14 novembre 2017

Selon Sébastien Roché, sociologue spécialiste de la police, le fait que le taux de suicide soit plus élevé dans les rangs des forces de l’ordre s’explique en partie par la démographie.

INTERVIEWLa hausse est aussi brutale qu’impressionnante. En une semaine, sept policiers et deux gendarmes ont mis fin à leurs jours en France. Un pic qui fait craindre que le fléau ne retrouve ses plus hauts niveaux après quelques années d’accalmie : en 2015 et 2016, le nombre de suicides dans les rangs des forces de l’ordre n’avait cessé de décroître. Alors que le ministre de l’Intérieur, Gérard Collomb, doit recevoir prochainement les organisations représentatives de ces professions pour améliorer la prévention, déjà renforcée début 2015, le sociologue Sébastien Roché, spécialiste de la police, replace cette hausse dans un contexte historique.

La « vague » de suicide de la semaine écoulée chez les policiers et gendarmes a-t-elle des précédents ?

Une telle concentration en une période de temps resserrée est rare, c’est ce qui justifie qu’on en parle. Il y a 52 semaines dans l’année : si on multipliait 52 par 9 on obtiendrait un taux extrêmement élevé… Mais par le passé, la plupart des « pics » du nombre de suicides ne se sont pas avérés durables. Il y a peu d’études sur la question, mais on dispose de séries statistiques depuis la fin des années 1970, qui permettent de faire des comparaisons.

Au 10 novembre 2017, on dénombrait 39 suicides de policiers sur l’année, contre 36 en 2016. On est dans la moyenne sur une trentaine d’années. Certes, ce nombre est plus élevé qu’il a pu l’être, mais aussi plus bas que d’autres années : en 1989, on était par exemple à 57 suicides à cette période. On est clairement sous le maximum historique.

Qu’il augmente ou qu’il baisse, le nombre de suicides chez les policiers reste largement supérieur à celui du reste de la population…

Tout à fait. En France, on a 16 suicides pour 100.000 personnes chaque année, contre 30 pour 100.000 chez les policiers. C’est d’abord lié à des causes structurelles, dont la première a été soulevée par les démographes il y a plusieurs dizaines d’années déjà : la structure de la population policière n’est pas la même que la population française. Les policiers sont majoritairement des hommes, âgés de 35 à 55 ans. Or, on sait que les hommes se suicident plus que les femmes, et les personnes de cette tranche d’âge plus que le reste de la population*.

Quelles sont les autres causes « structurelles » ?

Les analyses des appels aux numéros d’aide aux personnes suicidaires ont montré que l’un des éléments récurrents chez elles était le sentiment d’isolement. Et de nombreuses études, y compris récentes**, ont montré que la police est justement dans une situation d’isolement par rapport au reste de la population. Troisième point : les policiers disposent d’une arme, et n’ont, en cas d’envies suicidaires, pas besoin de chercher une manière de passer à l’acte. C’est un facteur aggravant.

La curiosité, c’est l’écart entre le taux de suicide des policiers et celui des gendarmes, qui est beaucoup plus proche de celui du reste de la population***. Une explication pourrait être qu’il demeure une forte sociabilité chez les militaires, liée à la vie en caserne.

Au-delà de ces constantes, peut-on établir l’impact de facteurs conjoncturels ?

C’est compliqué. On voit apparaître des discussions sur le stress, mais celui-ci peut jouer dans les deux sens. Lorsque les policiers sont sous pression mais se sentent utiles, comme après les attentats du 13-Novembre, on voit le nombre de suicides baisser – ça a été le cas en 2015. Deux ans après, la menace d’attentats d’ampleur s’éloigne dans le temps et le sentiment d’utilité diminue. Le « pic » que nous connaissons est-il une forme d’effet de retard ? Il est possible que certains policiers aient trouvé du sens à leur métier dans le contexte particulier de leur mobilisation post-attentats. Mais quelques mois plus tard, ils réalisent que leurs problèmes n’ont pas disparu.

Il est tout aussi difficile de mesurer l’effet de telle ou telle mesure. Quand on a modifié le temps de travail des policiers pour passer au système dit des « 3/2 », en 1996,  on a vu un pic du nombre de suicides. Et puis, sans changement de l’organisation du travail, ce taux a baissé.

*Selon les derniers chiffres publiés par le ministère de la Santé, en 2014, 17% des suicides concernent les 35-44 ans et 22% les 45-54 ans en France. Les victimes de suicide sont pour près de trois quarts des hommes, mais les tentatives sont majoritairement le fait de femmes.

**D’après un rapport publié par le think tank « Terra Nova » en décembre 2016, 34% des jeunes ne font pas confiance à la police nationale

***En 2015, le taux de suicide était de 26,3 pour 100.000 chez les gendarmes selon l’Association professionnelle nationale des militaires de la gendarmerie du XXIe siècle (APNM GendXXI)

 

Les attentes de la population doivent être intégrées au travail policier

Libération, INTERVIEW Par Ismaël Halissat

Police de proximité : «Si on va au bout de la réforme, il y a un changement de métier».

Pour le sociologue Sebastian Roché, les attentes de la population doivent être intégrées au travail policier.

Sebastian Roché, directeur de recherche au CNRS, a consacré une grande partie de ses travaux aux relations entre la police et la population (De la police en démocratie, Grasset). Il estime que, pour réussir, la réforme envisagée par le gouvernement doit être «tournée vers les élus locaux».

Les ingrédients nécessaires pour une nouvelle version de la police de proximité vous semblent-ils réunis à l’aune de ce qu’on sait du projet de Macron ?

Dans son programme, Emmanuel Macron reprenait les grandes lignes des objectifs qu’avait la police de proximité : «gagner la confiance des citoyens», nouer un «partenariat» avec le niveau local et, enfin, la «prévention». Même si tout cela n’a pas encore été ficelé de façon aboutie. Cette doctrine de police trouve son origine dans le modèle anglo-saxon de community policing. Mais cette réflexion se pose de façon différente selon les contextes politico-administratifs. Aux Etats-Unis, le maire est le patron de la police, les questions de coordination locale n’existent donc pas de la même manière car il peut lui-même coordonner la sécurité avec les services sociaux et d’urbanisme. C’est lui qui gère les trois. En France, nous ne sommes absolument pas dans cette configuration. Il faut trouver un mode d’organisation pour se rapprocher de la population et des élus, notamment en les informant et en leur rendant des comptes. On a un système national de police qui opère au niveau local. Si on veut faire de la police de proximité, il faut la tourner vers les élus locaux et trouver comment faire un partage des prérogatives avec les préfets. C’est la question de la gouvernance, elle est essentielle et négligée dans le débat public.

Pourquoi développer ce partenariat avec les municipalités ?

Pour comprendre le problème, on peut prendre l’exemple des zones de sécurité prioritaire : elles sont découpées selon des problématiques locales, mais le préfet pilote seul. Sur les questions de sécurité publique, si la police n’a pas l’obligation de prendre en compte les attentes des usagers, qu’elle ne les intègre pas dans son plan d’action et qu’elle ne mesure pas la satisfaction de la population, rien ne va changer par rapport au système actuel.

Faudrait-il également revenir à plus de patrouilles à pied ?

Les patrouilles sont un moyen, pas la finalité. Quand un policier passe à pied quelque part et s’arrête un certain nombre de minutes dans un lieu, on sait qu’il y a des effets de dissuasion beaucoup plus importants que s’il se déplace en voiture. C’est aussi à vélo ou à pied que les policiers peuvent être accessibles et être interpellés. Et c’est là que la question des effectifs disponibles va se poser. Mais il y a diverses façons de faire des économies, notamment en renforçant la mutualisation entre la police et la gendarmerie. Ensuite, il y aurait un véritable audit à faire de l’organisation policière, il faudrait réfléchir à comment mettre à plat le fonctionnement des commissariats.

Cette réforme peut-elle se limiter à une unité dédiée à la proximité ou doit-elle concerner toute l’organisation policière ?

Ce qu’il faut avant tout, c’est gagner la bataille des idées sur les principes d’une telle police. Mais je pense que si le gouvernement se contente d’une réforme a minima, en ajoutant quelques patrouilles pédestres à ce qui existe déjà, on ne changera rien. Car c’est la logique du système qu’il faut réviser. Institutionnellement, la police et la gendarmerie ne connaissent pas les citoyens, ils n’ont pas de place pour exprimer ce qu’ils veulent. Il n’y a aucune étude sur la satisfaction des usagers et ils ne sont pas non plus présents au niveau national dans ce que pourrait être un «conseil d’analyse» auprès du ministre. Donc oui, on peut se contenter d’ajouter des patrouilles, mais si on va au bout de cette réforme, il y a un véritable changement de culture au ministère de l’Intérieur, c’est-à-dire un changement de métier. On est en train de parler de reformer un bloc de 240 000 agents. C’est une tâche considérable.

Est-ce que cette réforme de la police de proximité peut s’extraire des problématiques du contrôle au faciès ?

C’est un point très important, qu’il va falloir intégrer à la réflexion. Dans les quartiers où une grande partie de la population est d’origine nord-africaine ou subsaharienne, si la police n’est pas capable de garantir l’égalité devant la loi, elle ne regagnera pas la confiance. Jusqu’à présent, cette problématique n’a pas été articulée à la réflexion sur la police de proximité.

Police-Citizen Relations Across the World. 3 Reviews


« Through its collection of essays from Europe, the United States, and non-Western countries, Police-Citizen Relations around the World both expands the horizons of the police trust and legitimacy literature, and challenges the generalizability of procedural justice assumptions. By providing a comparative and global perspective, it substantially enriches scholarly understanding of the causes of police legitimacy and effectiveness. It is an essential reading for scholars and policy makers interested in procedural justice, police legitimacy, or police effectiveness. »

– Professor Sanja Kutnjak Ivkovic, School of Criminal Justice, Michigan State University, USA

« Issues of trust in the police and of police legitimacy are among the most pressing matters facing politicians and academics. Bringing together the best scholars and the most up-to-date data, Police-Citizen Relations Across the World offers a comprehensive, global perspective on the subject. No-one interested in the subject can afford to be without it. »

– Professor Tim Newburn, Department of Social Policy, LSE, UK

« This volume offers police scholars what is sorely needed – a truly cross-national, comparative perspective on the fundamental challenges of police legitimacy and public trust. The thirteen chapters present rigorous empirical inquiry by leading police researchers, who illuminate the complexities of forging strong police-community relations in a variety of settings – the U.S., Europe, and non-Western nations. They explore similarities and differences across and within national borders. They raise serious questions about the impact of procedural justice in different national settings. Police-Citizen Relations Across the World will broaden your perspective on a timeless issue for democracies around the world and shows the path for a rich new global trajectory for police research. » 

– Stephen Mastrofski, University Professor, Department of Criminology, Law and Society, George Mason University, USA

Police-Citizen Relations Across the World: Comparing sources and contexts of trust and legitimacy

Dietrich Oberwittler, Sebastian Roché

Police-Citizen Relations Across the World: Comparing sources and contexts of trust and legitimacy (ed Dietrich Oberwittler, Sebastian Roché)

Table of Contents

Foreword (Michael Tonry)

Part I: Introduction

1. Towards a broader view of police-citizen relations: How societal cleavages and political contexts shape trust and distrust, legitimacy and illegitimacy (Sebastian Roché and Dietrich Oberwittler)

Part II: Police-citizen relations. Multilevel and comparative approaches: Neighbourhoods and states

2. Recent trends in police-citizen relations and police reform in the United States (Ronald Weitzer)

3. Ethnicity, group position and police legitimacy: Early findings from the European Social Survey (Ben Bradford, Jonathan Jackson and Mike Hough)

4. Ethnic disparities in police-initiated controls of adolescents and attitudes towards the police in France and Germany: A tale of four cities (Dietrich Oberwittler and Sebastian Roché)

5. Police legitimacy and public cooperation: Is Japan an outlier in the procedural justice model? (Mai Sato)

6. Why do Nigerians cooperate with the police? Legitimacy, procedural justice, and other contextual factors in Nigeria (Oluwagbenga Michael Akinlabi)

Part III: Societal cleavages and legitimacy: Minorities and religions

7. Policing marginalized groups in a diverse society: Using procedural justice to promote group belongingness and trust in police (Kristina Murphy and Adrian Cherney)

8. Adolescents’ divergent ethnic and religious identities and trust in the police. Combining micro- and macro-level determinants in a comparative analysis in France and Germany (Sebastian Roché, Anina Schwarzenbach, Dietrich Oberwittler and Jacques De Maillard)

9.The impact of the Ferguson, MO police shooting on black and non-black residents’ perceptions of police. Procedural justice, trust, and legitimacy (Tammy Rinehart Kochel)

10. Why may police disobey the law? How divisions in society are a source of the moral right to do bad: The case of Turkey (Sebastian Roché, Mine Özaşçılar and Ömer Bilen)

Part IV: Procedural justice as cause and consequence

11. Stop-and-Frisk and trust in police in Chicago (Wesley G. Skogan)

12. Good cops, bad cops: Why do police officers treat citizens (dis)respectfully? Findings from Belgium (Maarten Van Craen, Stephan Parmentier and Mina Rauschenbach)

13. Trust in the Finnish police and crime reporting—findings in the context of the Nordic countries (Juha Kääriäinen)

Police-Citizen Relations Across the World: Comparing sources and contexts of trust and legitimacy

Dietrich Oberwittler, Sebastian Roché

Police-citizen relations are in the public spotlight following outbursts of anger and violence. Such clashes often happen as a response to fatal police shootings, racial or ethnic discrimination, or the mishandling of mass protests. But even in such cases, citizens’ assessment of the police differs considerably across social groups. This raises the question of the sources and impediments of citizens’ trust and support for police. Why are police-citizen relations much better in some countries than in others? Are police-minority relations doomed to be strained? And which police practices and policing policies generate trust and legitimacy?

Research on police legitimacy has been centred on US experiences, and relied on procedural justice as the main theoretical approach. This book questions whether this approach is suitable and sufficient to understand public attitudes towards the police across different countries and regions of the world. This volume shows that the impact of macro-level conditions, of societal cleavages, and of state and political institutions on police-citizen relations has too often been neglected in contemporary research.

Building on empirical studies from around the world as well as cross-national comparisons, this volume considerably expands current perspectives on the sources of police legitimacy and citizens’ trust in the police. Combining the analysis of micro-level interactions with a perspective on the contextual framework and varying national conditions, the contributions to this book illustrate the strength of a broadened perspective and lead us to ask how specific national frameworks shape the experiences of policing.

9781138222861.jpg

Police de proximité, mode d’emploi

Article publié dans The Conversation (France) le 28 août 2017
https://theconversation.com/police-de-proximite-mode-demploi-82923

La police, le problème et la solution

La police de proximité, ou police orientée vers la communauté, ou encore police de voisinage sont un ensemble de pratiques, mais surtout d’organisation de la police pour répondre à deux défis : celui du problème posé par la police elle-même, et celui de la sécurité au quotidien des habitants des quartiers défavorisés. La police est donc à la fois le problème et la solution. C’est une « nuance » qu’il faut bien saisir lorsqu’on entend lui opposer que la police ne doit pas faire de social et se concentrer sur le pénal : cette critique fait l’impasse sur le problème des comportements policiers problématiques (usage disproportionné de la force, contrôles au faciès en particulier) qui alimentent le ressentiment et ainsi vont à l’encontre des finalités recherchées en diminuant la confiance dans les institutions publiques. Si la police ne gagne pas la confiance, elle ne peut ni rassurer, ni protéger.

La police communautaire, expression commune aux États-Unis ou au Royaume-Uni, est inspirée par des idées générales, une philosophie. Sur le continent européen, on lui accole plutôt le terme proximité ou voisinage, car on réserve le mot communauté à l’État (la communauté nationale) ou à des formes administratives (la communauté de communes), mais on ne l’aime pas pour les citoyens. Le Président Macron a préféré « police de sécurité quotidienne » pour ne pas traîner une expression – police de proximité – connotée à gauche depuis 2002. Mais cela ne change pas fondamentalement les choses.

Ces doctrines de police ont pour fondation des principes (ou une « vision »), qui sont souvent déclinés de manière distincte d’une ville ou d’un État à l’autre. Ce qui les relie est de ne pas limiter la police à l’usage de la force ou la réaction à l’urgence, d’une part, et, d’autre part, de ne pas concevoir la mesure de la performance policière de façon étroite par des taux de délinquance ou d’élucidation, mais par la capacité à améliorer la qualité de la police et de la vie dans les quartiers concernés – ce qui ne peut se faire sans se soucier des habitants. Ces principes sont ensuite transposés dans une stratégie organisationnelle. Il n’y a pas de solution unique, et même dans un seul pays, on va trouver différents styles de police communautaires, comme aux États-Unis.

L’urgence et la nécessité d’une doctrine

La police de sécurité quotidienne nécessite donc une « vision » – ce qu’on veut faire à partir de principes généraux – et une « stratégie » – comment on va le faire, avec quel calendrier et sur quelle durée. Les deux ensembles doivent être décrits précisément dans une doctrine de police de sécurité publique. Une doctrine est un guide sur la bonne manière de mettre en œuvre des principes. Ce n’est ni une loi, générale, définissant les missions et moyens, ni un règlement d’emploi, très précis, fixant par exemple les conditions de travail.

Aussi surprenant que cela paraisse, la France n’a pas de doctrine de sécurité publique. La dernière fois qu’il a été tenté d’en produire une, ce fut pendant la police de proximité (1998-2000). Depuis, elle a été remplacée par slogans et truismes (« La répression est la meilleure prévention », « La police est là pour arrêter les délinquants »). C’est dire le besoin de se mettre au travail.

La vision de la police de voisinage ou de proximité contient en général les éléments suivants : une volonté de gagner la confiance de la population – ce qui se fait en augmentant –localement et nationalement – la transparence de la police (sur ce qui va bien et aussi moins bien, et notamment l’inégalité devant la police, l’usage de la force), et en tournant la police vers les besoins des habitants et usagers – ce qui suppose de les connaître, et donc de les mesurer. Ces besoins varient suivant les territoires. Ceci, par ricochet engage une seconde notion, celle de décentralisation.

Une stratégie locale à repenser

Le programme local de réforme doit inclure :

  • la conception puis la mise en œuvre de mécanismes locaux pour augmenter la confiance : la couverture du territoire par des points contacts dans différents quartiers ou secteurs, la « fidélité » des agents à un même territoire ;
  • la satisfaction vis-à-vis du service rendu : le travail de police est fait d’un ensemble de tâches et processus dont il faut savoir la qualité ;
  • et enfin, la redevabilité de la police vis-à-vis du niveau local (à la fois les élus et les populations), c’est-à-dire le fait de consulter, d’informer, puis d’expliquer son action et de la justifier.

Cela se décline au plan organisationnel principalement par le découpage des villes en secteurs, de petites unités territoriales, et par des modes d’affectation des policiers dans ces secteurs. Par exemple, la ville de Montréal qui compte 2 millions d’habitants comporte 32 « postes de quartier ». Ce découpage implique de repenser le fonctionnement des commissariats, car donner plus de pouvoir à l’encadrement intermédiaire sur le terrain a de nombreuses répercussions internes, notamment.

Mais, la stratégie organisationnelle concerne également la création de mécanismes qui permettent d’articuler la police avec les autorités locales et les autres acteurs, entreprises ou administrations nationales et locales. La police de voisinage pilotée depuis Paris est un non-sens. Du fait de la complexité politico-administrative française, développer la prévention et le partenariat exige une nouvelle « gouvernance locale » : dans un pays centralisé il faut coordonner les administrations d’État et les autres.

Lorsque la police est décentralisée et dépend du maire, il n’est pas nécessaire de créer des mécanismes comparables. En France, dans le passé, ils ont pris le nom de CCPD (Conseils communaux de prévention de la délinquance) ou CLSPD (Conseils locaux de sécurité et de prévention de la délinquance) par exemple, ou ZSP (zone de sécurité prioritaire). J’ai décrit ces ajustements dans Police de proximité tels qu’ils ont été tentés progressivement en 1995-2001. Ils sont une pièce essentielle de la réforme. Sans un tel mécanisme qui institutionnalise l’ancrage local de la police, la réforme de la proximité resterait virtuelle.

La stratégie nationale : l’objectif de la qualité

Le rôle du niveau national doit comprendre l’établissement de la doctrine (un point essentiel car il en va de la fabrication d’une sorte de compas pour s’orienter durant la réforme), l’expérimentation dans des zones test du modèle, pour apprendre du terrain et de faire les retours d’expérience avec les professionnels et les usagers locaux pour ajuster les solutions.

La réforme doit aussi s’y traduire au plan organisationnel : il faut construire les services centraux nécessaires à s’assurer de la performance globale, conçue comme incluant la recherche de la confiance et la satisfaction (et la recevabilité sur ces critères), la qualité du service, la réduction des délinquances. Cela implique – et en soi ce serait une révolution – un véritable suivi évaluation, une pratique inconnue du ministère de l’Intérieur qui n’a, jusqu’à présent, évalué rigoureusement aucune de ses politiques. Hélas.

Garantir la « qualité de la police » par l’évaluation des opinions des usagers est essentiel et demande que cette tâche soit confiée à une direction dédiée. Cette tâche, en effet, ne se confond pas avec celle des inspections. Elle est plutôt assimilable à une direction de la qualité de la police et de la gendarmerie qu’il faudrait créer et rattacher au ministre.

Les critiques les plus véhéments de cette doctrine de police ont, en réalité, bien peu de choses à lui opposer, sinon leurs cris. Nombre de pays étrangers ont adopté une orientation comparable en Europe, en Amérique du Nord : sont-ils tous si sots ? Lors de sa mise en œuvre en France, elle a permis de faire progresser les liens police-population dans les circonscriptions où elle a été réellement appliquée. Et dans diverses villes à l’étranger comme à Chicago, San Diego ou Kansas City. Les études disponibles confirment que sa mise en œuvre n’aggrave jamais la délinquance, contrairement à ce que les Cassandres affirment. Dans les pays voisins qui ont procédé à des évaluations rigoureuses, comme au Royaume-Uni, on enregistre bel et bien des baisses des délits du quotidien.

Faire de la police de sécurité quotidienne, c’est avant tout vouloir modifier l’organisation de la police en fonction d’une idée moderne de son rôle dans la société. Cette idée, on pourrait l’appeler l’efficacité démocratique. L’enjeu de cette réforme est donc de démocratiser la police, pas moins, de faire une police de service au bénéfice des usagers, une « police universaliste », comme j’ai proposé de la nommer, qui serve chacun de manière égale.

Développer « l’orientation usager »

Au total, on l’a compris : la police de sécurité quotidienne ne se résume pas à des petits aménagements locaux, quelques réunions partenariales saupoudrées ici ou là. Elle suppose de la part du ministère de l’Intérieur une capacité à s’interroger sur lui-même. La mission qui consiste à réduire les troubles et les délits est un élément d’un plan plus global qui vise la qualité de la police (service, égalité), elle n’en est plus l’unique pierre de touche. Ce qui ne signifie pas qu’il faut négliger la détection des délits et l’identification des auteurs.

Cela implique une mutation culturelle chez les professionnels. L’idée même du métier est modifiée par une telle réforme, et si certains y adhérent, d’autres ne s’y reconnaissent pas. L’enjeu de la police de sécurité publique déborde donc largement la question du périmètre des « bac », des patrouilles pédestres, de « l’îlotage », même s’il fait partie des pratiques nécessaires. L’enjeu est le développement et la pratique d’une « orientation client » ou « orientation usager » si l’on préfère. Ce n’est pas une rupture radicale, mais plutôt une mutation par étapes en s’appuyant sur des bonnes pratiques et les idées existantes.

Ma première conclusion est simple : on ne fera pas la police de sécurité quotidienne en ne changeant rien à l’organisation centrale et locale du ministère de l’Intérieur et des organisations qu’il chapeaute. Si on écartait cette option, cela serait un signal fort pour indiquer qu’on va faire semblant. Pour être tournée vers les usagers, les élus locaux et vers les priorités locales, la police doit se réorganiser tant du point de vue de sa gouvernance que d’un point de vue structurel.

Ma deuxième conclusion est qu’il nous faut raisonner à deux niveaux : national et local tout à la fois. L’État doit se réformer « d’en haut » pour faire en sorte que police et gendarmerie soient orientées vers la qualité du service et rendent des comptes « en bas ». Ce n’est pas le moindre défi pour le nouvel exécutif.

Sébastian Roché a publié De la police en démocratie (Grasset) en novembre 2016.

La police de proximité ou de sécurité quotidienne est une nécessité.

Interview réalisé par Salera Benarbia, Le Dauphiné Libéré.
1.       Est-ce que Grenoble est une ville plus violente qu’avant à l’époque de la mafia italienne ? Plus violente que d’autre villes de même taille ? La violence a-t-elle changé de visage ?

Il y a eu des périodes de violence et des périodes plus calmes dans l’histoire grenobloise. Les années soixante-dix avaient été marquées par les affrontements entre bandes rivales qui s’éliminaient à l’arme automatique sur fond de contrôle des jeux clandestins et de la prostitution. La fin de cette époque a été illustrée par l’affaire des « filles de Grenoble ». Une délinquance nouvelle s’est construite sur la base du trafic de la drogue et du contrôle de sa distribution. Elle a été portée par de nouveaux criminels issue des zones pauvres, les banlieues. Ces dernières années elle s’est traduite par des règlements de compte. La réussite de ces groupes tient à la forte demande de diverses drogues illégales dans la population. La France est en haut du tableau européen en termes de consommation de cannabis, en particulier. Il est nécessaire de réfléchir aux moyens de limiter la demande.
2.       Pourquoi le maire de Grenoble cristallise autant la colère des habitants alors que l’on sait bien que la sécurité est une compétence régalienne ?
Les citoyens ne connaissent pas nécessairement les compétences des élus. Et le maire est le responsable politique le mieux identifié, avec le président de la république: c’est lui qui est spontanément pris à parti. Il reste qu’en France la sécurité est, juridiquement, l’affaire de l’Etat central. L’essentiel des forces est national: la police pèse 140.000 personnels, la gendarmerie 100.000, soit 240.000. La police municipale c’est 20.000 agents pour toute la France, soit moins de 10%. On pourrait d’ailleurs imaginer de changer cela, mais pour l’instant c’est ainsi.

3.       Les élus ont-ils une marge de manœuvre en matière de sécurité ?
Oui, tout à fait. Les élus locaux peuvent développer leur police municipale ou non, leur système de surveillance, mobiliser les habitants, peser sur le préfet. Il est possible de spécialiser les unités de police municipale. Tout cela a évidemment un coût, financé par l’impôt local. Et, on le voit, dans les faits certains élus se mettent en avant dans la posture du responsable de la sécurité, en particulier dans des grandes villes du sud de la France. Il est donc compliqué pour tout un chacun de savoir ce qui est la compétence du maire, ou du gouvernement central.
4.       Le gouvernement prévoit de revenir à la police de proximité, qu’en pensez-vous ? Ne faut-il qu’une réponse du tout sécuritaire ?

La police de proximité ou de sécurité quotidienne est une nécessité. Il faut savoir que le niveau de satisfaction des citoyens pour la police en France comparativement aux pays du Nord de l’Europe, très faible et insatisfaisant. On peut donc faire bien mieux. L’idée forte dans cette nouvelle police, c’est d’être attentif aux besoins des citoyens, et des élus locaux, de manière à ce que les priorités policières soient bien en phase avec cela. Et d’éviter les bavures: on fait une meilleure police dans un quartier qu’on connait bien, fut-il difficile. Cette réponse n’est d’ailleurs pas moins sécuritaire, la police de proximité française ayant la caractéristique d’avoir un volet d’enquête, d’investigation. Mais elle accroit la confiance. C’est essentiel.

 

« La police de proximité n’a un sens que si la police rend des comptes localement ».

Interview réalisée par Julie Clair-Gobelet Journaliste à la Gazette des communes, Club Prévention Sécurité

Le ministre de l’Intérieur a annoncé le 15 août la mise en place de la police de la sécurité du quotidien « dès la fin de l’année ». Pensez-vous que cela soit réalisable ?

Le candidat Macron s’est engagé à faire cette réforme pendant la campagne. Il a donné un certain nombre de clés dans son programme. Tous ces éléments étaient présents, mais comme de manière disparate. On y retrouve les ingrédients classiques de la police de proximité : l’ancrage local de la police, la confiance de la population, l’articulation avec d’autres acteurs et la prévention.

Un tel projet est nécessaire, et très ambitieux. Je ne pense pas que l’on puisse prendre l’annonce de Gérard Collomb au pied de la lettre. Des segments vont certainement être lancés : des éléments de doctrine, avec un texte qui ne sera pas une simple liste de mesures, des propositions sur son suivi-évaluation, sur la relation avec les maires et avec la population. Et, probablement des tests dans certaines zones.

Mais la réforme ne peut pas être terminée en six mois, car elle a de très nombreuses implications en matière de formation, de réorganisation territoriale, de mutualisations police-gendarmerie pour absorber une partie des surcoûts…

Par quoi le ministre de l’Intérieur devrait-il commencer pour réussir cette réforme ?

C’est d’abord une bataille d’idées qu’il faut livrer qui va se gagner ou se perdre politiquement, pas au plan de l’application qui se fera progressivement et avec des essais-erreurs et donc des ajustements.  Les conservateurs parmi les syndicats de police ou l’opposition sont déjà montés au créneau. Il faut donc trouver des appuis chez les policiers et dans la haute fonction publique. Pour cela il est nécessaire de convaincre sur le fond avant de préciser la stratégie et le calendrier. Les mots clés sont pour moi « police de qualité » et « égalité devant la police ».

Entre 1997 et 2001, la bataille de la police de proximité a été perdue par le Parti Socialiste dans l’opinion et les médias et non sur le terrain. Jospin et Chevènement n’ont pas su convaincre. Des erreurs pratiques ont également été commises, notamment concernant la taille des découpages territoriaux. Quand on découpe le territoire en trop petits secteurs, il y a trop d’implantations immobilières et des problèmes de gestion des personnels. Si au contraire on crée de trop gros, on n’arrive pas à trouver l’interface avec la population. La difficulté est donc de trouver la bonne échelle.

L’évolution de la relation entre police et élus locaux est-elle une condition essentielle de réussite ?

La police de proximité n’a un sens que si la police rend des comptes localement. La rendre plus proche du terrain ne consiste pas seulement à mettre des agents qui patrouillent, mais à l’articuler aux priorités locales, à déterminer son action par rapport à elles, et à lui faire expliquer son action. Si la police de proximité consiste à recevoir des ordres de Paris, des directives nationales, ce n’en est pas une et elle est alors vouée à l’échec.

Il faut absolument trouver les modalités pour faire évoluer la relation avec les élus locaux, mais aussi avec la population. Le partage d’information a progressé ces dernières années, mais si l’on veut réussir il faut aller plus loin, avec une obligation légale à prendre en compte les préoccupations locales et des mécanismes pour prendre en compte les priorités, les attentes et la satisfaction des usagers.

Quels sont les moyens nécessaires ?

Changer les implantations immobilières demande des moyens. Il faut choisir un niveau de quadrillage du territoire pas trop serré. En 1997, les maires avaient été mis à contribution pour beaucoup d’infrastructures. Le partage des coûts avec les élus locaux est une piste. Mais, on peut aussi penser à utiliser la technologie pour que les agents aient leur bureau dans leur poche et aillent à la rencontre des usagers.

Il faudra bien faire des économies dans la police, comme ailleurs. La tendance à l’augmentation continue du budget n’est pas tenable. Il faut regarder l’organisation des services eux-mêmes pour trouver des économies.

Le maire de Sevran, Stéphane Gatignon, a proposé de fusionner polices municipales et nationale. Cela peut-il être une solution pour réussir la police de proximité ?

Il est difficile de faire la police de proximité avec les forces de l’État uniquement. Si maintenant on veut fusionner forces d’État et forces locales, c’est un second chantier. Comment traiter les communes qui n’ont pas de police municipale ? Comment intégrer les deux chaînes de commandement, municipale et préfectorale ?  Quel mécanisme de gouvernance mettre en place ? C’est très compliqué. C’est une proposition qui mérite d’être discutée, mais qui ouvre sur un océan d’interrogations.

Comment analysez-vous le changement d’expression, de « police de proximité »  à « police de la sécurité du quotidien » ?

Les conseillers d’Emmanuel Macron ont sans doute trouvé plus confortable de ne pas reprendre le terme de police de proximité qui est associé à l’expérience de la gauche et ont préféré prendre un terme neutre, moins connoté.

C’est dommage de ne pas mobiliser la marque « police de proximité ». Il aurait été préférable de reprendre ce terme que tous les Français comprennent, auquel ils sont très majoritairement attachés, comme on le voit dans de nombreux sondages, tout comme les élus locaux.

Pensez-vous que, contrairement à l’expérience menée de 1997 à 2001, cette police de proximité peut réussir ?

Je crois que le président de la République a besoin de réussir cette réforme, de montrer qu’il est capable de réformer l’Etat. Le modèle actuel de police est dépassé, il a montré ses limites. De plus, une différence notable par rapport à 1997 est la prise de conscience de l’enjeu de la discrimination ethnique par la police, et le fait qu’Emmanuel Macron l’ai abordé sans fard pendant la campagne.

Nous savons que nous pouvons faire beaucoup mieux en regardant la police dans les pays voisins. J’ai envie d’y croire.

Pour le sociologue Sebastian Roché, le retour à une police du quotidien se fera au prix d’une bataille idéologique

Police : « La perte de contact avec la population est patente »

Sebastian Roché est directeur de recherche au CNRS et auteur de « De la police en démocratie » (Grasset, 2016) et « Police de proximité » (Seuil, 2005).

LE MONDE | 19.08.2017 à 10h17 |Par Julia Pascual

Quinze ans après l’abandon de la police de proximité, son retour est-il devenu incontournable ?

Il y a une constante préférence des élus locaux et de la population pour la police de proximité. Mais, un choix clivant a été fait par Jacques Chirac et Nicolas Sarkozy de s’en détourner pour des raisons électorales. S’appuyant sur certains syndicats de policiers, ils ont mis l’accent sur l’identification des auteurs une fois les délits commis, reléguant service à la population, prévention et partenariat à un statut subalterne.

La gauche, tétanisée par la rhétorique sarkozyste et sa victoire à l’élection présidentielle de 2007, n’ose plus toucher le sujet. Même après la victoire de F. Hollande en 2012. Puis, la menace terroriste accapare la place Beauvau. Mais, la proximité réintègre en force en la campagne de 2017. Policiers et gendarmes sont revenus d’une polarisation excessive sur la réponse judiciaire et « l’efficacité » mesurée par des taux d’élucidation et le nombre de délits. Parallèlement, la police est sur le grill : avec les téléphones portables et les médias sociaux, les affaires mettant en cause des agents sont publiques. L’usage de la force est questionné lors d’opérations de maintien de l’ordre ou avec les contrôles au faciès dans les banlieues. La perte de contact avec la population est patente. L’idée que le lien de confiance police-population ne doit pas être négligé gagne à nouveau du terrain.

On retrouve dans le programme d’Emmanuel Macron les mots-clefs de la police de proximité. L’idée de prévention, de partenariat, d’adaptation aux besoins locaux et de confiance.

Quelle forme peut prendre la police dite de sécurité du quotidien voulue par M. Macron ? 

La réflexion du gouvernement sur le sujet ne semble pas encore ficelée. Que va-t-on choisir comme échelle géographique de proximité pour l’organisation de la police, changer dans le rapport aux élus locaux ou à la population ? Comment augmenter le devoir des policiers de rendre compte aux élus locaux, prendre en compte les priorités exprimées par les usagers, et faire de leur satisfaction un indicateur de performance ? On ne peut ignorer la lutte contre les discriminations ethniques. Ce sont des questions lourdes.

Le modèle français de police de proximité repose sur l’idée de remplir toutes les fonctions de police à un niveau plus proche des usagers. L’idée centrale est que le changement d’échelle favorise des liens directs avec les agents ; que leur meilleure connaissance du terrain permet de prévenir la délinquance, d’éviter les confrontations. In fine, ce qu’on peut attendre, c’est d’améliorer la qualité de la police, de la relation police-population, et une baisse modérée de la délinquance. La proximité n’est pas une baguette magique. Elle implique un nouveau mode de gouvernance local associant usagers-maire-préfet.

Ne risque-t-il pas d’y avoir des résistances en interne ? 

Un affrontement idéologique va avoir lieu entre ceux qui limitent la fonction de la police à l’interpellation et ceux qui ont une vision plus moderne et complète, qui inclut la qualité de service, la prévention et le partenariat. Je ne vois pas comment on échapperait à cette ligne de clivage.

Une partie de la droite pense que les sanctions sont la seule façon de diminuer la délinquance. Néanmoins, dans les années 1970, s’est développée aux Etats-Unis et en Europe l’idée d’une police qui contribue à la cohésion sociale, en partenariat avec d’autres acteurs locaux. Ceux qui décrient cette approche n’ont aucun élément de preuve sérieux à lui opposer. Souvenons nous qu’un consensus gauche/droite a existé entre 1995 (avec Charles Pasqua au ministère de l’intérieur) et 2001. Puis Nicolas Sarkozy et Manuel Valls ont fait machine arrière.

C’est cette bataille d’idées au sommet de l’Etat que M. Marcron devra avant tout gagner. Si M. Macron n’est pas convaincu et ne convainc pas, il va avoir bien du mal à faire face aux résistances parmi les policiers, et dans l’opposition. L’enjeu prioritaire est de se doter d’une boussole et de savoir défendre ses idées. C’est peu dire qu’on attend de les connaître avec plus de précision.